L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales
THEME 2 :
LA FRANCE DANS L'EUROPE DES NATIONALITES : POLITIQUE ET SOCIETE (1848-1870)
A l'aide des corpus documentaires suivants :
- Répondez aux questions de votre groupe
- Réalisez une carte mentale pour présenter les conclusions de votre travail
Urbains et ruraux sous le Second Empire
Source : O. Marchand et C. Thélot, Deux siècles de travail en France, Paris, Insee, 1991
 
Une typologie de ces villes révèle les principaux facteurs de croissance. Les villes de l’industrie textile arrivent en tête : loin devant, Roubaix et Tourcoing. L’industrie métallurgique, en liaison ou non avec l’exploitation du charbon, et la carbochimie rendent compte du développement de Lens, Saint-Etienne [et d’autres]. Le grand commerce maritime redevient, après l’éclipse du début du siècle, un puissant facteur d’urbanisation : Le Havre, Calais, Marseille, Boulogne, Sète en témoignent. Enfin, le tourisme joue pour quelques villes un rôle qui paraît important : Cannes ou Nice voient leur population multipliée par huit.
Poussou, Lepetit, Courgeau et Dupaquier, Histoire de la population française, PUF, 1988, Paris
Urbanisation et modernisation du territoire français
 
Les débuts de l'exode rural
Dans la première moitié du XIXème siècle, 90 000 migrants en moyenne quittent chaque année la campagne pour la
ville. Ils sont plus de 130 000 par an dans les années 1860.
«Il y a quelques années, nous avions très peu de tissages mécaniques et nous n’avions, pour ainsi dire, pas de filatures mécaniques ; aujourd’hui, la France a pris définitivement et glorieusement sa place parmi les pays de grande industrie […]. La vapeur dès son apparition dans le monde de l’industrie a brisé tous les rouets,toutes
les quenouilles, et il a bien fallu que fileuses et tisseuses, privées de leur antique gagne-pain, s’en vinssent réclamer une place à l’ombre du haut fourneau de l’usine […]. Des villages entiers où naguère retentissaient le bruit du marteau, le ronflement des bobines, les cris joyeux de l’enfance, sont aujourd’hui déserts et silencieux tandis que de vastes édifices de briques rouges, surmontés d’une immense cheminée au panache ondoyant, engloutissent dans leurs flancs, depuis l’aube du jour jusqu’à la tombée de la nuit, des milliers de créatures vivantes. La vapeur fait tout dans le tissage […]. Chaque matin avant lever du soleil, père, mère et enfants partent pour la fabrique.»
Jules Simon, L’Ouvrière, 1861
La croissance des principales villes
 

Les transformations de la ville de Marseille

Préfet des Bouches-du-Rhône depuis le 29 septembre 1860, Maupas reçoit comme mission d'accélérer les grands travaux de Marseille.

Il y a bientôt 6 ans, je vous conviais à vous associer au mouvement de puissante régénération que l'Empereur a su imprimer à toute la France (…).

La rue Impériale, la rue Noailles, le boulevard de l'Empereur, le boulevard Baille, (…) un nombre considérable d'autres quartiers et d'autres rues utiles, des jardins, des promenades publiques, des places, des squares sont autant de conquêtes et pour la circulation qui se multiplie hors de toute mesure à Marseille et pour l'assainissement, la salubrité, l'expansion de cette grande ville qui (…) a pu trouver, dans cette vaste aération et ces extensions nouvelles une atténuation sensible aux cruelles épidémies (1) qu’elle a eues à traverser.

Les ports d'Arenc, du Lazaret, le port Napoléon (…) sont un immense bienfait pour notre commerce qui trouve là plus de 5 km de quais nouveaux et 50 hectares de surfaces d'eau pour recevoir les navires. La nouvelle préfecture est achevée (…). Le palais de justice est terminé (…). Et enfin, au sommet de la vieille cité phocéenne, dominant tout comme doit dominer la charité, s'élève ce splendide Hôtel-Dieu.

Charlemagne-Émile de Maupas Discours devant le Conseil général, 27 août 1866

(1) Epidémie de choléra de 1865-1866


Adolphe Terris, Ouverture de la rue Impériale à Marseille, 1863
Durant le Second Empire une évolution fondamentale se produit : révolution des techniques, nouvelles sources d’énergie, développement des chemins de fer et innovations commerciales et ventes de produits fabriqués.
Ces révolutions vont contribuer à accroître le nombre de citadins. En fait l’extraction du charbon, du fer, la sidérurgie et les industries lourdes s’établissent vers les matières premières, les sources d’énergie. Pourtant l’industrie exige de la main-d’œuvre. Il y a plusieurs possibilités : les migrations de population s’accélèrent et les firmes se rapprochent des villes ou sont des facteurs d’urbanisation en développant une agglomération compte tenu du nombre de personnes venues travailler dans un nouveau lieu. Désormais la ville et l’industrie sont intimement liées.
Cependant les fonctions de la ville ne vont pas se limiter à l’industrie. Des progrès dans les équipements, les transports, les services et le commerce accompagnent cette évolution. Le secteur tertiaire, tout d’abord réduit, ne va plus s’arrêter de progresser.
J.P. Paulet, La France : villes et systèmes urbains, Paris, 2010, Armand Colin
Fourchambault (Nièvre) une ville née de l'industrialisation en 1855
Gravure parue dans Le Monde illustré, 12 juillet 1862
 
Des villes transformées
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, beaucoup de villes doivent faire face à un afflux de population venue de la campagne pour travailler dans l’industrie ou dans le commerce. Elles ont aussi à répondre à de nouvelles exigences du point de vue sanitaire, les épidémies de choléra ayant fait des ravages jusqu’au milieu du siècle.
Les remparts, quand ils subsistent, sont démolis, afin d’agrandir le centre urbain ; on détruit des îlots insalubres, on perce de nouvelles rues, on aménage de nouveaux quartiers, on crée des jardins publics, on construit de nouveaux équipements (hôtel de ville, abattoir, hôpital, halles, etc.) ainsi qu’un réseau de transports. Sous l’impulsion de la Commission des Monuments historiques, instituée en 1837, on restaure également des monuments anciens : la Bourse du commerce d’époque Renaissance à Lille, l’hôtel de ville du XVIIe siècle à Lyon, la tour Saint-Michel du XVe siècle à Bordeaux. Certaines villes prennent ainsi l’allure d’un immense chantier à ciel ouvert. Le thème de l’éventrement est d’ailleurs récurrent dans la littérature et dans la presse de l’époque.
Pour l’habitant des grandes villes dont la physionomie est transformée pendant des mois, voire des années, les travaux occasionnent de nombreux désagréments quotidiens : encombrement, bruit, poussière...
H. Bocard, "Photographie et mutations urbaines au XIXème siècle", Histoire urbaine, 2016/2 n° 46.
Améliorer la commercialisation des produits agricoles en ville : les Halles centrales de Paris
Félix Benoist, Vue des Halles de Paris, v. 1870, lithographie en couleur, 24,8 x 36,8 cm, BnF, Paris.
 
Transformations et modernisation de la ville de Nantes

A Nantes, le chemin de fer arrive au début des années 1850 et permet de connecter plus rapidement la ville portuaire à Paris. A l'arrière-plan, la bourse de Nantes, à la façade néo-classique, est un pôle du capitalisme modernisateur dans la ville.
T. Foy, Passage du chemin de fer à Nantes, lithographie, 1851, Musée de la voiture, Compiègne
Nantes et son port en 1865 : Lithographie, 1865, BNF, Paris