L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales
THEME 2 :
LA FRANCE DANS L'EUROPE DES NATIONALITES : POLITIQUE ET SOCIETE (1848-1870)
A l'aide des corpus documentaires suivants :
- Répondez aux questions de votre groupe
- Réalisez une carte mentale pour présenter les conclusions de votre travail

Le programme de Napoléon III

Aujourd’hui, la France m'entoure de ses sympathies, parce que je ne suis pas de la famille des idéologues. Pour faire le bien du pays, il n'est pas besoin d'appliquer de nouveaux systèmes ; mais de donner avant tout, confiance dans le présent, sécurité dans l'avenir Voilà pourquoi la France semble vouloir revenir à l'Empire.Il est néanmoins une crainte à laquelle je dois répondre. Par esprit de défiance, certaines personnes se disent : l'Empire, c'est la guerre. Moi, je dis : l'Empire c'est la paix. C'est la paix car la France la désire, et, lorsque la France est satisfaite, le monde est tranquille. La gloire se lègue bien à titre d'héritage, mais non la guerre (…).
J'en conviens, cependant, j'ai, comme l’Empereur, bien des conquêtes à faire. Je veux, comme lui, conquérir à la conciliation les partis dissidents et ramener dans le courant du grand fleuve populaire les dérivations hostiles qui vont se perdre sans profit pour personne.
Je veux conquérir à la religion, à la morale, à l'aisance, cette partie encore si nombreuse de la population qui, au milieu d'un pays de foi et de croyance, connaît à peine les préceptes du Christ ; qui, au sein de la terre la plus fertile du monde, peut à peine jouir des produits de première nécessité. Nous avons d'immenses territoires à défricher, des routes à ouvrir, des ports à creuser, des rivières à rendre navigables, des canaux à terminer, notre réseau de chemin de fer à compléter. Nous avons, en face de Marseille, un vaste royaume à assimiler à la France. Nous avons tous nos grands ports de l'ouest à rapprocher du continent américain par la rapidité de ces communications qui nous manquent encore. Nous avons partout enfin des ruines à relever, de faux dieux abattre, des vérités à faire triompher.
Voilà comment je comprends l'Empire, si l'Empire doit se rétablir. Telles sont les conquêtes que je médite, et vous tous qui m'entourez, qui voulez comme moi, le bien de notre patrie, vous êtes mes soldats.
Extrait du discours prononcé par le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, 9 octobre 1852, devant la chambre de commerce de Bordeaux

Un programme de modernisation économique

Le moment est donc venu de nous occuper des moyens d'imprimer un grand essor aux diverses branches de la richesse nationale (…). Il faut améliorer notre agriculture et affranchir notre industrie de toutes les entraves intérieures qui la placent dans des conditions d'infériorité (…).
En ce qui touche l'agriculture, il faut (…) défricher les forêts situées dans les plaines et reboiser les montagnes, affecter tous les ans une somme considérable aux grands travaux de dessèchement, d'irrigation et de défrichement (…).
Pour encourager la production industrielle, il faut affranchir de tout droit les matières premières indispensables à l'industrie, lui prêter, exceptionnellement et à un taux modéré, comme on l'a déjà fait à l'agriculture pour le drainage, les capitaux qui l’aideront à perfectionner son matériel. Un des plus grands services à rendre au pays est de faciliter le transport des matières de première nécessité pour l'agriculture et l'industrie ; à cet effet, le Ministre des Travaux publics fera exécuter le plus promptement possible les voies de communication, canaux, routes et chemins de fer qui auront surtout pour but d'amener la houille et les engrais sur les lieux où les besoins de la production le réclament, et il s'est efforcera de réduire les tarifs en établissant une juste concurrence entre les canaux et les chemins de fer.
Napoléon III, Lettre au ministre d'Etat Achille Fould ,5 janvier 1860
Le dynamisme économique français
 
La révolution bancaire
Napoléon III stimule la création des banques pour prêter des fonds aux investisseurs industriels et favoriser la croissance économique.

1852
Fondation du Crédit foncier
Fondation du Crédit mobilier
1853
Réorganisation du Comptoir d'escompte de Paris
1859
Fondation du Crédit industriel et commercial
1853
Fondation du Crédit lyonnais
Fondation de la Banque impériale ottomane (fonds français et britanniques)
1864
Fondation de la Société générale
Fondation de la Banque des Pays-Bas
1869
Fondation de la Banque de Paris

La création des sociétés anonymes

Cette nouvelle forme d'entreprise donne plus de souplesse à la création des entreprises et permet de réunir davantage de capital
TITRE II Des sociétés anonymes
Art. 21 - A l'avenir les sociétés anonymes pourront se former sans l'autorisation du gouvernement. Elles pourront quel que soit le nombre d'associés, être formées par un acte sous seing privé fait en double original (…)
Art. 22 - Les sociétés anonymes sont administrées par un ou plusieurs mandataires à temps, révocables, salariés ou gratuits, pris parmi les associés (…).
Art. 27 - Il est tenu, chaque année au moins, une assemblée générale à l'époque fixée par les statuts (…).
Art. 28 - Dans toutes les assemblées générales, les délibérations sont prises à la majorité des voix (…)
Art. 32 - L'assemblée générale annuelle désigne un ou plusieurs commissaires, associés ou non, chargés de faire un rapport à l'assemblée générale de l'année suivante sur la situation de la société, sur le bilan et comptes présentés par les administrateurs (…)
Art. 34 - Toute société anonyme doit dresser chaque semestre, 1’état sommaire de sa situation active et passive. Cet état est mis à la disposition des commissaires (…).
Loi du 24 juillet 1867 sur les sociétés
Sous Napoléon III, la France est un chantier
Nicolas Gosse, Napoléon III visitant le chantier du Louvre, 1854 23x34, musée du Louvre Paris
Ici, Napoléon III visite le chantier de rénovation du Louvre, qu'il a initié à son arrivée au pouvoir.
 
L'inauguration de l'Exposition universelle de 1855 par Napoléon III (14 mai 1855)
Lithographie colorée de Jules Arnout, BNF, Paris
Organisée en réponse de l'Exposition universelle de Londres de 1851, l'Exposition de Paris sert de vitrine du savoir-faire national et de la modernité du régime. Inaugurée par l'Empereur dans le Palais de l'Industrie, construit en verre et en fer sur plus de 250 mètres de long, elle connait un immense succès ; elle reçoit plus de 5 millions de visiteurs du monde entier qui peuvent découvrir plus de 24 000 exposants.
 
Un industriel récompensé par Louis-Napoléon Bonaparte
François Germain Léopold Tabar (1818-1869), Remise de la Légion d'honneur à Fouché-Lepelletier par le président Louis-Napoléon Bonaparte, le 15 avril 1851, huile sur toile, 90x116, 1852, Issy-les-Moulineaux, musée français de la carte à jouer.
Edmond Fouché-Lepelletier (1809-1899), directeur des usines chimiques de Javel, est l'un des pionniers de la fabrication de l'acide sulfurique. Il est député de 1852 à 1863
 

Les gagnants du libre-échange

Beaucoup de viticulteurs, de soyeux lyonnais, de banquiers, de négociants se montrent satisfaits du traité de 1860. Quand, par moment, nous sommes obligés (…) de vendre 25% au-dessus des cours étrangers, il est complètement impossible d'entretenir des ventes régulières à l'extérieur. Cela n'aura plus lieu quand nos filateurs seront obligés (…) de vendre au même prix qu'en Angleterre (…). Je crois qu'on a eu tort de protéger la filature pendant si longtemps ; on a nui à la vente soit à l'intérieur, soit à l'extérieur. On demande dans les affaires autant de régularité que possible ; cette régularité ne peut pas toujours avoir lieu ; mais, au moins, ces soubresauts ne seront plus aussi considérables en France que sous le régime actuel. Je crois que nos filateurs (…) feront encore de très beaux bénéfices avec le système nouveau, c'est-à-dire avec une protection peu élevée.
Déposition de Jean Dollfus, filateur alsacien, Enquête : traité de commerce avec l’Angleterre, 1861

Le traité de libre-échange avec la Grande-Bretagne de 1860 vu par des industriels français

Jamais nos importations n'ont été plus accablantes. L'industrie française, privée de ses débouchés habituels, écrasée par la concurrence étrangère, éprouve le commencement d'une crise plus violente que toutes celles que nous avons éprouvées à chacune de nos révolutions politiques. Si, au moins, il y avait à un état de choses aussi calamiteux une compensation quelconque favorisant d'autres départements de l'Empire, il devrait en être tenu compte ; mais non ! Le Midi, qui a applaudi au traité avec l'Angleterre, exporte moins de vin et reçoit des alcools où il comptait en envoyer. Lyon, qui seule entre toutes les cités manufacturières de France, a vu avec satisfaction la révolution économique, éprouve ce résultat inattendu, c'est que les exportations de soieries diminuent et que les importations augmentent. En un mot, les traités avec l'Angleterre et la Belgique ont déjà fait un mal immense sans réaliser aucune des espérances qu’en attendaient certains économistes.
Rapport de la Chambre des arts et manufactures de Tourcoing, 26 janvier 1862