L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales
THEME 2 :
LA FRANCE DANS L'EUROPE DES NATIONALITES : POLITIQUE ET SOCIETE (1848-1870)
A l'aide des corpus documentaires suivants :
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L'empire financier, industriel et immobilier des frères Pereire
 

Des visionnaires en action

Les frères Pereire sont à la tête de la Compagnie du Midi, fondée en 1852, qui est alors l'une des 6 grandes compagnies de chemins de fer en France.

Lorsqu'on songe également au caractère qu’a pris en France la société anonyme, lorsqu'on réfléchit que cette forme de société, si impersonnelle de sa nature, est arrivée, dans la grande industrie des chemins de fer en particulier, à se personnifier partout dans une ou plusieurs individualités hors ligne, il est impossible de faire abstraction du rôle rempli à cet égard par M. Pereire (…). Possesseur d'une immense fortune, placé au premier rang des notabilités financières de l'Europe, M. Pereire a conservé une grande simplicité de mœurs et d’habitudes, et l’assiduité au travail d'un homme qui aurait sa fortune à faire. Il a le goût et la passion des affaires, c'est un artiste, et, s'il est permis de s'exprimer ainsi, un virtuose en affaires. Il y porte un élan, une hardiesse de conception et, à la fois, une sûreté du coup d’œil et un discernement pratique (…). C'est, à tout prendre, une des carrières les plus complètes, les plus remarquables, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, les mieux réussies de l'époque où nous vivons. Il est du petit nombre des hommes qui, après avoir pensé en grand, ont pu, de leur vivant, réaliser, dans leur âge mur, la plupart des conceptions de leur jeunesse.
Louis Clot, Émile Pereire, Paris, 1856

La création du de la société de crédit immobilier en 1852

En 1852, la France voulait la paix, la France voulait les conquêtes pacifiques du travail, de l'agriculture, du commerce, de l'industrie et de l'esprit d'entreprise (…). Aussi vit-on les entreprises de tout genre, entreprises publiques ou privées, prendre un essor simultané : c'était une explosion spontanée d'activités, de créations de travail qui s'étendait sur tous les points du territoire. Paris en était à la fois l'instigateur et le distributeur. A Paris, cœur de la France, aboutissait tous les projets, toutes les idées, toutes les combinaisons, toutes les intelligences, tous les capitaux, toutes les personnalités (…). Le gouvernement favorisait ce mouvement général par ses créations financières et par des mesures économiques, il venait d'autoriser la Société générale de Crédit mobilier (…). On savait que ses fondateurs appartenaient aux plus hautes régions financières (…). On voyait, dans la réunion de ces hommes tout puissants par leur richesse ou leur influence, des gages certains de succès. Mais on savait surtout que du Crédit mobilier messieurs Émilie et Isaac Pereire était la double âme, dualité solidaire confondue en une seule individualité : les Pereire, disait-on alors, et dit-on encore, sans distinction de l'un ou de l'autre
Maurice Aycard, Histoire du Crédit mobilier, Paris 1867

De redoutables entrepreneurs

Issu de la vieille aristocratie, le comte de Viel Castel dresse, dans ses mémoires posthumes, une série de portraits au vitriol dans lesquels il dénonce l'arrivisme et la cupidité de nombreux serviteurs de l'empire.

19 août 1853
Les Rothschild*, Pereire, Fould et le petit Avigdor* se partagent les concessions de chemin de fer, de canaux ; il n'y en a que pour eux ; lorsqu'il sera trop tard, on verra le danger de les avoir faits, par leur richesse, plus puissants que l'Etat. Veut-on un exemple de la façon dont se traitent les affaires, le voici. Pereire, pour inquiéter le chemin de fer de Strasbourg et lui soutirer quelques millions, rachetait depuis longtemps au taux de 200 francs les actions en baisse du chemin de Montereau. Il menaçait de continuer ce chemin et de faire ainsi concurrence à Strasbourg. L'administration de Strasbourg alors à racheter au pair, c'est-à-dire à 500 francs, ce que Pereira avait payé 200 francs (d’où Pereire a d'abord tiré un petit bénéfice de 6 à 8 millions).
Horace de Viel Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III, 1883-1884
* banquier et homme d'affaires
Sur le terrain, les Pereire sur le chantier transatlantique (1857)
Robert Howlett, photographie, 1857, BNF, Paris
Les frères Pereire ont créé en 1855 la Compagnie générale maritime. Ils ambitionnent de développer des opérations commerciales maritimes à l'échelle internationale. Par la suite, au début des années 1860 et en lien avec ce développement commercial international, ils créent des chantiers navals à Saint-Nazaire.
 

Isaac Pereire vante le progrès économique et Napoléon III

Qui d'entre nous ne reste, en effet, frappé d'admiration (…) lorsqu'il voit dans nos campagnes ces convois de chemin de fer, remorquant une multitude de voyageurs ou des masses de marchandises que les centaines de chevaux auraient été impuissants à traîner lentement sur nos routes, dévorer l'espace avec la vitesse d'un ouragan, sous la conduite d'un seul homme, à peu près affranchi de tout travail manuel ; lorsqu'il voit enfin dans nos ateliers de construction fonctionner ces ingénieuses machines-outils, ce puissant marteau à vapeur que l'homme manie sans autre fatigue que celle d'une attention intelligente ?C'est encore aux arts mécaniques que vous devez ces voies ferrées qui commencent à sillonner votre territoire. Créées par la sollicitude du Gouvernement impérial pour développer la richesse de ces contrées, elles devront un jour retirer de ce développement même les éléments de revenu qui leur manquent aujourd'hui (...). Vos voies de communication rapide vont se trouver complétées par le chemin [de fer] de Rodez à Montpellier, dont la Compagnie des chemins du Midi a été déclarée concessionnaire, virgule et je m’applaudis d'avoir, en qualité d'administrateur de cette Compagnie, à concourir à l'augmentation de la prospérité de votre département par la création de ce nouveau débouché vers la Méditerranée (…). L'Empereur marche en tête de ces expériences, dont le résultat sera de rendre à la France un pays qui était naguère comme perdu pour elle et pour ses habitants.
Discours aux comices agricoles de Beynat (Corrèze), le 20 septembre 1863

L'aménagement d'Arcachon

Un décret impérial, en date du 4 avril 1857, a autorisé notre Compagnie à prolonger le chemin de fer de La Teste jusque sur les bords du bassin d'Arcachon (…) ; dans quelques semaines, le nouveau chemin sera ouvert au public et, en rendant les communications plus commodes et plus rapides, augmentera le nombre déjà très considérable des personnes qui viennent se promener, prendre des bains de mer ou résider à Arcachon, pendant la saison d'été. Et bien que, depuis quelque temps, beaucoup de maisons particulières s’y soient établies (…), Arcachon ne possède encore aucun établissement qui présente des conditions de vie confortables et offre aux malades, aux touristes, les agréments qu’ils sont aujourd'hui habitués à trouver dans tous les bains en réputation (…). Nous demandons que dans la forêt domaniale d'Arcachon, le long des parcelles qui ont été précédemment aliénées à divers particuliers, le gouvernement nous concède 400 hectares de terrain (…). Nous nous réservons de faire de l'autre moitié tel usage qui conviendrait à nos intérêts.
Courrier adressé par Émile Pereire, président au Conseil d'administration de la Compagnie du Midi, au ministre des Finances, 8 mai 1857, Archives départementales de la Gironde

La chute de l'empire Pereire

Créé avec l'appui du gouvernement, le Crédit mobilier connaît d'abord un succès retentissant qu'il doit à l'engouement du public. Le cours de l'action, d’une valeur initiale de 500 francs en 1852, atteint 1 997 francs à son apogée en 1856. En octobre 1876, il plonge à 140 francs.
Il y a eu une assemblée d'actionnaires le 6 avril 1867, dans laquelle on a constaté une dépréciation* de 7 983 136 [francs] sur le capital social, et le 22 octobre suivant, le président du Conseil d'administration du Crédit Mobilier, M. Isaac Pereire, M. Émile Pereire et M. C. Salvador se retirent*… Les 2 esprits qui avaient été l’âme même du Crédit mobilier l'abandonnent ! Que s'était-il donc passé ? On disait depuis longtemps que les affaires du Crédit immobilier étaient embarrassées ; que des avances faites en compte courant à la Compagnie Immobilière, et s'élevant à 72 millions, avaient absorbées la totalité du capital primitif et 10 millions en sus ; que le reste du capital, 50 millions environ, était engagé dans des valeurs déconsidérées, et frappées d'une dépréciation considérable ; mais on était loin de penser que la désorganisation était si proche.
Maurice Aycard, Histoire du Crédit mobilier 1852-1867, 1867
*Pertede valeur
*Démissionnent