L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales
THEME 2 :
LA FRANCE DANS L'EUROPE DES NATIONALITES : POLITIQUE ET SOCIETE (1848-1870)
A l'aide des corpus documentaires suivants :
- Répondez aux questions de votre groupe
- Réalisez une carte mentale pour présenter les conclusions de votre travail
Le budget d'une lingère en 1858
 
Un outil de surveillance
Livret ouvrier de Gustave Flanet, pâtissier à Paris, 1868
Document officiel délivré par les maires ou les commissaires de police, qui doivent le viser à chaque changement de résidence. Le livret ouvrier identifie le travailleur et lui sert de passeport intérieur.
 

L'ancienne loi

Art. 414. Sera puni d'un emprisonnement de 6 jours à 3 mois et d'une amende de 16 francs à 10000 francs :
1. Toute coalition entre ceux qui font travailler des ouvriers, tendant à forcer l'abaissement des salaires, s'il y a eu tentative ou commencement d'exécution ;
2. Toute coalition de la part des ouvriers pour faire cesser en même temps de travailler, interdire le travail dans un atelier, empêcher de s'y rendre avant ou après certaines heures, et, en général, pour suspendre, empêcher, enchérir les travaux, s'il y a eu tentative au commencement d'exécution
Loi du 27 novembre 1849

Le monde ouvrier, force politique et tensions sociales

Jusqu’à ces derniers temps, l'attention donnée au sort des ouvriers n'avaient été considérée que comme un devoir d'humanité, devoir trop souvent méconnu. Les commotions qui ont ébranlé l'Europe ont appris enfin aux hommes d'Etat qu'il y avait là une affaire de salut public. On a senti que ceux qui ont pour unique ressource leur labeur quotidien, formait en définitive la majorité dans tous pays (…) constituent une influence sourde, une force latente dont il faudra tenir compte à l'avenir dans la balance des grands intérêts politiques (…). Il y a des teintes sombres dans ce tableau si propre à flatter la vanité nationale. De sales misères qui s'étalent sans pudeur, et, ce qui est plus grave, une pauvreté morne et cachée se réveillant par crises, comme aux élancements d'une douleur sourde, montrent que tous ceux qui ont prêté les mains au progrès n'ont pas eu également lieu de s’en applaudir.
André Cochut, « Paris industriel », Revue des Deux Mondes, tome 16, 1852

Le manifeste des Soixante, 17 février 1864

Rédigé par l'ouvrier ciseleur Paris Henri Tolain et signé par 60 ouvriers, ce manifeste est publié dans le journal l'Opinion nationale le 17 février 1864 avec l'autorisation de l’empereur avant les élections législatives de 1864. Tolain se présente aux élections et ne parvient pas à être élu.

OUVRIERS DE LA SEINE
Le suffrage universel nous a rendu majeurs politiquement, mais il nous reste encore à nous émanciper socialement. La liberté que le tiers-état sut acquérir avec tant de vigueur et de persévérance doit s'étendre en France, pays démocratique, à tous les citoyens (…). Nous dont les enfants passent souvent leur plus jeune âge dans le milieu démoralisant et malsain des fabriques*, ou dans l'apprentissage, qui n'est guère encore aujourd'hui qu'un état voisin de la domesticité ; nous dont les femmes désertent forcément le foyer pour un travail excessif, contraire à leur nature, et détruisant la famille ; nous qui n'avons pas le droit de nous entendre pour défendre pacifiquement notre salaire, pour nous assurer contre le chômage, nous affirmons que l'égalité écrite dans la loi n'est pas dans les mœurs, et qu'elle est encore à réaliser dans les faits (…). Le tiers-état disait : Qu'est-ce que le tiers-état ? Rien ! Que doit-il être ? Tout ! Nous ne dirons pas : Qu'est-ce que l'ouvrier ? Rien ! Que doit-il être ? Tout ! Mais nous dirons : La bourgeoisie, notre ainée en émancipation, sut en 89, absorber la noblesse et détruire d'injustes privilèges. Il s'agit pour nous, non de détruire les droits dont jouissent justement les classes moyennes, mais de conquérir la même liberté d'action … Nous ne sommes pas représentés, et voilà pourquoi nous posons cette question des candidatures ouvrières

* La loi du 22 mars 1841 interdisant le travail des enfants de moins de 8 ans est rarement appliquée

Une loi sociale défendue par un républicain

Député républicain de Paris depuis 1857, Émile Ollivier veut faire évoluer le régime vers le parlementarisme. Il est élu rapporteur de la loi de 1864 sur les coalitions.

Sans doute [cette loi] doit être complétée, mais elle n'en est pas moins une des meilleures qui aient été faites par le gouvernement actuel, une de celles dont doivent le plus se réjouir ceux qui considèrent l'amélioration du sort des travailleurs comme constituant le but supérieur de la politique. Depuis le commencement de ce siècle, le peuple n'a fait que deux conquêtes : une politique, l'autre sociale. La conquête politique, c'est le suffrage universel ; la conquête sociale, c'est le droit de se coaliser (…).La grève est sans doute un effet possible de la coalition, mais elle n'est pas la coalition. Se coaliser, c'est proprement, au sens exact, s'entendre, se concerter, prendre une décision en commun, sur les conditions de travail. La grève peut suivre, ou ne pas suivre ; elle est la sanction de la coalition, elle ne constitue pas la coalition elle-même.
Émile Ollivier, Commentaire de la loi du 25 mai 1864 sur les coalitions, Paris, 1864

Un nouveau droit sous conditions

En mai 1864, le député Émile Ollivier, républicain proche de l’empereur, fait voter une loi autorisant les coalitions ouvrières. La grève reste punie quand elle s'accompagne de violences. Les opposants du régime critiquent une avancée insuffisante.
Art.414. Sera puni d'un emprisonnement de 6 jours à 3 ans et d'une amende de 15 francs à 3000 francs, ou de l'une de ces 2 peines seulement, quiconque, à l'aide de violences, voies de fait, menaces ou manœuvres frauduleuses, aura amené ou maintenu, tenté d'amener ou de maintenir une cessation concertée du travail, dans le but de forcer la hausse ou la baisse de salaire, ou de porter atteinte au libre exercice de la liberté de l'industrie ou du travail Art. 415. Lorsque les faits punis par l'article précédent ont été commis par suite d'un plan concerté, les coupables pourront être mis, par l'arrêt ou le jugement, sous la surveillance de la haute police pendant 2 ans au moins ou 5 ans au plus
Art. 416. Seront punis d'un emprisonnement de 6 jours à 3 mois et d'une amende de 16 francs à 3000 francs, ou de l'une des 2 peines seulement, tous ouvriers, patrons et entrepreneurs d'ouvrages qui, à l'aide d'amendes, défenses, proscriptions, interdictions prononcées par suite d'un plan concerté, ont porté atteinte au libre exercice de l'industrie et du travail.
Loi du 25 mai 1864

Le droit de réunion

Cet article résume les revendications des délégués ouvriers autorisés à se réunir à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris en 1867.

La loi qui fut promulguée le 25 mai 1864 mit les patrons et les ouvriers sur la même ligne (…). Ainsi l'ancien délit de coalition disparaissait (…). On reconnaissait hautement aux ouvriers le droit de se concerter au sujet de leur salaire et de se mettre en grève dans le cas où ils le jugeraient utile. Seulement, pour user de cette faculté, il fallait pouvoir se réunir. « Les ouvriers, dit un délégué, se voient à l'atelier ou à la promenade, quelques-uns dans des endroits où ils prennent leur repas. Ils peuvent bien y converser entre eux ; mais s'ils délibèrent, ils violent la loi » (…).
L'inconvénient des grèves était en effet accru par la nécessité de les organiser clandestinement. « Il n'y a pas, dit le même délégué en parlant de la grève, de résolution plus grave à prendre, qui exige plus de maturité et de réflexion » (…). La loi du 6 juin 1868 est venue, comme nous l'avons dit, leur donner satisfaction en autorisant toutes les réunions publiques qui n'ont pas pour objet de traiter de matières politiques et religieuses. Elle laisse bien encore subsister quelques difficultés ; elle demande un local clos et couvert, ce qui peut gêner souvent les réunions. Enfin, il y a l'article 13 de la loi, par lequel les préfets peuvent ajourner et le ministre de l'Intérieur interdire toute réunion qui leur paraîtraient de nature à troubler l'ordre ou à compromettre la sécurité publique ; mais les résultats obtenus n'en ont pas moins leur importance, et nous pouvons voir maintenant fonctionner dans des conditions normales le mécanisme des coalitions et des grèves
Edgar Saveney, « Les délégations ouvrières à l'exposition universelle de 1867 »,Revue des Deux Mondes, 1868
Des grèves encore réprimées
Manifestation de femmes aux houillères du Creusot, dessin d'Yon pour Le Petit Illustré, 26 avril 1870
En janvier 1870, les ouvriers des usines Schneider demandent à gérer eux-mêmes la Caisse de secours qu'ils financent à hauteur de 2,5% de leur salaire. A la suite du licenciement de trois de leurs représentants, ils se mettent en grève. Plus de 3 000 soldats sont envoyés sur place
 

L’Etatimpérial face aux ouvriers grévistes (1870)

Le préfet de la Nièvre s'adresse aux ouvriers grévistes de l'usine sidérurgique de Fourchambault

Les désordres qui, depuis plusieurs jours, affligent votre laborieuse et paisible localité ne sauraient laisser l'autorité indifférente. Tant qu’elle a cru que la grève avait pour objet des réclamations plus ou moins fondées, elle s'est abstenue de toute intervention. Aujourd'hui la situation a changé : les atteintes à la fortune particulière et la propriété de l'Etat ne sauraient rester impunies. Le gouvernement veut sincèrement la liberté, mais il la veut pour tous, et l'oppression la plus détestable est celle qui porte atteinte à la liberté du travail (…). Aucun gouvernement n'a plus fait pour les classes populaires que le gouvernement de l’Empereur ; il est décidé de persévérer dans cette voie, mais il ne veut pas souffrir les excitations au mépris de la loi. Je conjure les ouvriers de reprendre le travail (…). Je les conjure d'éviter tout prétexte à une répression que je leur donnerai avec chagrin, mais que mon devoir et l'intérêt social, ne me permettraient pas de différer, si les tentatives des jours derniers devaient se reproduire.
Le préfet de la Nièvre, Genty, Fourchambault, le 13 avril 1870