L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales
THEME 2 :
LA FRANCE DANS L'EUROPE DES NATIONALITES : POLITIQUE ET SOCIETE (1848-1870)
A l'aide des corpus documentaires suivants :
- Répondez aux questions de votre groupe
- Réalisez une carte mentale pour présenter les conclusions de votre travail
Urbains et ruraux sous le Second Empire
Source : O. Marchand et C. Thelot, Deux siècles de travail en France, Paris, Insee, 1991
 
La croissance des principales villes françaises
 
Améliorer la commercialisation des produits agricoles en ville : les Halles centrales de Paris
Felix Benoist, Vue des Halles de Paris, vers 1870, lithographie en couleur, 24,8x36,8, BNF, Paris
 
Les débuts de l'exode rural
Dans la première moitié du XIXème siècle, 90 000 migrants en moyenne quittent chaque année la campagne pour la ville. Ils sont plus de 130 000 par an dans les années 1860.
Il y a quelques années, nous avions très peu de tissages mécaniques et nous n'avions, pour ainsi dire, pas de filatures mécaniques ; aujourd'hui, la France a pris définitivement et glorieusement sa place parmi les pays de grande industrie (...). La vapeur dès son apparition dans le monde de l'industrie a brisé tous les rouets, toutes les quenouilles, et il a bien fallu que fileuses et tisseuses, privées de leur antique gagne-pain, s'en vinssent réclamer une place à l'ombre du haut-fourneau de l'usine (...).
Des villages entiers où naguère retentissaient le bruit du marteau, le ronflement des bobines, les cris joyeux de l'enfance, sont aujourd'hui déserts et silencieux tandis que de vastes édifices de briques rouges, surmontés d'une immense cheminée au panache ondoyant, engloutissent dans leurs flancs, depuis l'aube du jour jusqu'à la tombée de la nuit, des milliers de créatures vivantes. La vapeur fait tout dans le tissage (...) Chaque matin avant le lever du soleil, père, mère et enfants partent pour la fabrique.
Jules Simon, L'Ouvrière, 1861

Un hôtel particulier de la bourgeoisie d'affaires

Aristide Saccard vit dans un hôtel particulier situé au bout de la rue Monceau, à quelques pas du boulevard Malesherbes.

Un perron royal conduisait à une étroite terrasse qui régnait tout le long du rez-de-chaussée ; la rampe de cette terrasse, dans le style des grilles du parc Monceau, était encore plus chargée d'or que la marquise et les lanternes de la cour puis l'hôtel se dressait, ayant aux angles deux pavillons, deux sortes de tours (…). C'était un étalage, une profusion, un écrasement de richesse. L'hôtel disparaissait sous les sculptures (…). Cette grande bâtisse, neuve encore et toute blafarde, avait la face blême, l'importance richesse d'une parvenue, avec son lourd chapeau d'ardoises, ses rampes dorées, son ruissellement de sculptures. C'était une réduction du nouveau Louvre, un des échantillons les plus caractéristiques du style Napoléon III, ce bâtard opulent de tous les styles. Les soirs d'été, (…) les promeneurs du parc s'arrêtaient, regardaient les rideaux de soie rouge drapés aux fenêtres du rez-de-chaussée ; (…) les familles de petits bourgeois apercevaient des coins de meubles, des bouts d'étoffes, des morceaux de plafonds d'une richesse éclatante, dont la vue les clouait d'admiration et d'envie au beau milieu des allées.
Emile Zola, La Curée, 1871
Immeubles pré-haussmannien et haussmannien
A) Bertail, Cinq étages du monde parisien : coupe d'un immeuble parisien pré-haussmannien, gravure publiée dans Tableau de Paris d'Edmond Texier, 1852
B) Tissandier et Gilbert, Paris qui travaille : coupe d'un immeuble parisien haussmannien, gravure parue dans Le Magasin pittoresque, 1883
 
Les stations balnéaires, haut lieu du tourisme de la bourgeoisie aisée
Alban de Lesgallery, Les Débuts de la baignade en mer dans le vieux port de Biarritz, 1858, huile sur toile, collection privée
 

Le système du grand magasin

Mais son idée la plus profonde était, chez la femme sans coquetterie, de conquérir la mère par l'enfant ; il ne perdait aucune force, spéculait sur tous les sentiments, créait des rayons pour petits garçons et fillettes, arrêtait les mamans au passage, en offrant aux bébés des images et des ballons. Un trait de génie que cette prime des ballons, distribués à chaque acheteur, des ballons rouges, à la fine peau de caoutchouc, portant en grosses lettres le nom du magasin, et qui, tenue au bout d'un fil, voyageant en l'air, promenaient par les rues une réclame vivante ! La grande puissance c'était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an 300 000 francs de catalogues, d'annonces et d'affiches. Pour sa mise en vente des nouveautés d'été, il avait lancé 200 000 catalogues, dont 50 000 à l'étranger, traduits dans toutes les langues. Maintenant, il les faisait illustrer de gravures, il les accompagnait même d'échantillons, collés sur les feuilles (…). Il professait que la femme était sans force contre la réclame, qu’elle finit fatalement par aller au bruit. Du reste, il lui tendait des pièges plus savants, il analysait en grand moraliste. Ainsi, il avait découvert qu'elle ne résistait pas au bon marché, qu’elle achetait sans besoin, quand elle croyait conclure une affaire avantageuse ; et, sur cette observation, il basait son système des diminutions de prix, il baissait progressivement les articles non vendus, préférant les vendre à perte, fidèle au principe du renouvellement rapide des marchandises. Puis, il avait pénétré plus avant encore dans le cœur de la femme, il venait d'imaginer les « rendus » (…). « Prenez toujours, Madame : vous nous rendrez l'article, s’il cesse de vous plaire ». Et la femme, qui résistait, trouvait là une dernière excuse, la possibilité de revenir sur une folie : elle prenait, la conscience en règle. Maintenant, les rendus et la baisse des prix entraient dans le fonctionnement classique du nouveau commerce.
Emile Zola, Au bonheur des dames, Paris, 1883
L'escalier du Bon Marché
Karl Fichot, Au Bon Marché, gravure de 1872, BNF
Ce magasin parisien a inspiré Zola pour son roman Au bonheur des dames
 
Affiche publicitaire, anonyme (1856)
Gravure sur bois en couleur, imprimée chez Jean-Alexis Rouchon, 140x100; BNF, Paris