Un régime modernisateur
THEME 2 :
LES TRANSFORMATIONS POLITIQUES ET SOCIALES DE LA FRANCE DE 1848 A 1870
La bourgeoisie, nation nouvelle
La bourgeoisie, nation nouvelle dont les mœurs sont l'égalité civile et l'indépendance dans le travail, s'élève entre la noblesse et le servage, et détruit pour jamais la dualité sociale des premiers temps féodaux. Ses instincts novateurs, son activité, les capitaux qu'elle accumulent, sont une force qui réagit de mille manières contre la puissance des possesseurs du sol, et, comme aux origines de toute civilisation, le mouvement recommence par la vie urbaine (…).
Tandis que les jeunes gens du tiers état qui se livraient à l'étude avaient devant eux l'espoir d'arriver aux plus hautes fonctions publiques, pour ceux qui s'en tenaient à suivre la profession de leurs pères, les métiers de changeur, d'orfèvre, de mercier, de drapier, de fileur de soie ou d'autres inférieurs à ceux-là, mais non moins lucratifs, la perspective s'agrandissait. Grâce au progrès des relations commerciales, et au développement, ou pour mieux dire, à la naissance du crédit, il se formait dans la bourgeoisie marchande, pour y prendre le premier rang, une classe nouvelle, cette classe d'hommes qui accumule les capitaux en même temps pour son profit et pour le services des autres.Augustin
Thierry, Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers-état, 1850
L'immeuble bourgeois
Gravure de l'Ilustration, 1850
 
Etude comparée d'un budget bourgeois et d'un budget ouvrier autour de 1850
 
La moyenne bourgeoise
Edgar Degas, La famille Bellelli, 1858, Paris, Musée d'Orsay
Ce tableau présente le modèle de la famille de la moyenne beourgeoisie et la répartition des rôle entre les sexes. Dans un intérieur confortable, le mari travaille tandis que la femme s'occupe des enfants
 

Les vertus bourgeoises

Je ne veux pas remettre à demain l'occasion de vous le dire : à toi, mon cher Léon, de soigner ton orthographe qui laisse souvent à désirer ; à ton âge, j'étais bien moins savant que toi grand homme, puisque tu es en 3ème et qu'a 13 ans je n'étais qu'en 4ème (…), et pourtant je ne commettais jamais une fois d'orthographe, j'en fesais moins qu'aujourd'hui.

Tu t'intéresses aux affaires, tu me demandes si tout marche à mon gré, j'aurais tort de me plaindre du moment actuel, mais il est impossible, sache-le pour l'avenir, que tout marche comme on le rêve. L’industrie est une vie de combat continuel. Votre voisin fait mieux que vous ; ce mieux, c'est le fruit du travail, souvent du travail opiniâtre, c'est une composition de tous les jours où l'on veut à force d'imagination d'espoir dépasser son voisin ; alors travaille, travaille, travaille toujours.

Lettre de Louis Motte-Bossut, négociant et fabricant de laine (Roubaix) à son fils Léon, 22 octobre 1855


Le travail, une valeur
Toute la vie consiste à savoir travailler pendant de longues heures et à se distraire de loin en loin, toujours honorablement (...). Si, par exception, quelques personnes vivent en se reposant sur les revenus amassés par leurs ancêtres, on peut être sûr que leurs enfants seront condamnés à travailler. Pour nous, mon cher fils, nous avons toujours connu le travail. Nos grands-parents ont toujours été dans les affaires. Notre père a travaillé et moi-même je travaille beaucoup... Je travaille avec une grande énergie ; trois fois au moins par semaine, je suis à l'usine à cinq heures et demie du matin. Il est vrai que je la quitte le soir à sept heures et demie et que je me couche à neuf heures et quart. Me lever tôt ne me gêne pas ; le soir j'aime à gagner mon lit sans tarder
Alfred Motte, riche industriel du Nord, Lettre à ses fils au collège, 1854-1855
L'essor des grands magasins
Affiche publicitaire de 1856
 
Les stations balnéaires, haut lieu du tourisme de la bourgeoisie aisée
Alban de Lesgallery, Les Débuts de la baignade en mer dans le vieux port de Biarritz, 1858, collection privée
 

Un hôtel particulier de la bourgeoisie d'affaires

Aristide Saccard vit dans un hôtel particulier, situé au bout de la rue Monceau, à quelques pas du boulevard Malesherbes.

Un perron royal conduisait à une étroite terrasse qui régnait tout le long du rez-de-chaussée ; la rampe de cette terrasse, dans le style des grilles du parc Monceau, était encore plus chargée d'or que la marquise et les lanternes de la cour. Puis l'hôtel se dressait, ayant aux angles de pavillons, deux sortes de tours (…). C'était un étalage, une profusion, un écrasement de richesses. L’hôtel disparaissait sous les sculptures (…). Cette grande bâtisse, neuve encore et toute blafarde avait la face blême, l'importance riche et sotte d'une parvenue, avec son lourd chapeau d'ardoises, ces rampes dorées, son ruissellement de sculpture. C'était une réduction du nouveau Louvre, un des échantillons les plus caractéristiques du style Napoléon III, ce bâtard opulent de tous les styles. Les soirs d'été, (…) les promeneurs du parc s'arrêtaient, regardaient les rideaux de soie rouge drapés aux fenêtres du rez-de-chaussée ; (…) ces familles de petits bourgeois apercevaient des coins de meubles des bouts d'étoffes, des morceaux de plafond d'une richesse éclatante, dont la vue les clouait d'admiration et d'envie au beau milieu des allées.

Emile Zola, La Curée, 1871