En 2004, le revenu par habitant de la Pologne n’excède pas 40% de la moyenne européenne. Il atteint aujourd'hui 70%. La croissance polonaise s'est maintenue à un niveau très élevé, jusqu’à 5% en 2018. A cela s'ajoute un taux de chômage historiquement bas (3,8% contre 6,3% pour l'Union européenne), un déficit public stabilisé à 1,6% du PIB une dette publique ramener sous les 50% de la richesse nationale.
L'intégration européenne a été et reste un puissant moteur de la réussite polonaise grâce à la manne de fonds structurels versés par l'Union européenne (une enveloppe de 86 milliards d'euros pour la période 2024-2020). Le pays est, depuis plusieurs années, le principal bénéficiaire des fonds de la politique de cohésion de l'Union européenne. L'Union a aussi fourni un cadre de référence et de confiance pour les investisseurs étrangers qui se sont implantés en nombre dans ce pays doté d'une main d'œuvre qualifiée et peu chère, et d’un marché de 40 millions d'habitants.
Cependant, les défis à relever sont nombreux : faiblesse de l'épargne, difficile montée en gamme d'une économie encore largement basée sur des secteurs traditionnels (mine, acier, chantiers navals, agriculture). Sans oublier la question démographique : ces 15 dernières années, le pays a perdu 2 millions de travailleurs partis à l'étranger et il doit faire face à un afflux massif d’Ukrainiens pour combler ce déficit.
Antoine d'Abbundo, La Croix, 6 octobre 2019
Les métamorphoses de Varsovie
Photo Inga Linderkopiecka. Getty ImagesLa Pologne, est un État d'Europe centrale, frontalier avec l'Allemagne à l'ouest, la République tchèque et la Slovaquie au sud, l'Ukraine et la Biélorussie à l'est, l'enclave russe de Kaliningrad et la Lituanie au nord. Avec une population de 38 millions d'habitants, la Pologne est le trente-quatrième pays le plus peuplé au monde. L'économie polonaise est dans les années 2010 l'une des plus dynamiques d'Europe. C'est le seul État européen à ne pas avoir connu de récession lors de la crise économique de 2008.
Le pays a bénéficié de nombreuses aides de l'UE depuis son entrée en 2004. Sur la période 2004-2014, ce sont près de 85,2 milliards d'euros qui lui ont été alloués. De nombreuses infrastructures ont pu être financées, comme l'autoroute reliant désormais Varsovie à Berlin. La Pologne rattrape ainsi rapidement son retard sur ses voisins européens en termes de maillage du territoire et attire plus facilement les capitaux étrangers. En 2015, la Pologne est la 8ème économie de l'Union européenne et la 25ème économie du monde en termes de PIB.
Le secteur énergétique polonais se caractérise par la prépondérance massive du charbon, qui en 2015 assurait 51 % de la consommation intérieure totale d'énergie primaire et 81 % de la production d'électricité Selon les calculs de l'Institut du Tourisme en 2012 le nombre d'arrivées a totalisé 67,4 millions, dont 14,8 millions de touristes étrangers. La grande majorité des touristes proviennent d'Allemagne, plus grand pays limitrophe de la Pologne, avec 4 520 000 arrivées en 2010. Les pays de l'Europe et de l'Union européenne figurent donc logiquement aux premières places. Le tourisme contribue à l'économie du pays.
Source : Wikipédia
Ici, le marché est en plein boom, contrairement à la France. Les possibilités de développement sont immenses… ». Du haut de ses 37 ans, Michaël Desmurs a un peu le sentiment de vivre, aujourd’hui en Pologne, les Trente Glorieuses qu’il n’a pas connues dans sa France natale. Dans un des rares pays européens qui ne connaissent pas la crise, la croissance se calcule en mètres carrés de bureaux et en nombre d’embauches. Michaël Desmurs, qui dirige le site de Gdansk de SII, une société française de conseil informatique, se prépare à recruter 250 personnes en 2013 (..). Mais qu’est-ce qui fait courir les investisseurs français en Pologne ? « Le coût du travail est attractif, admet Michaël Desmurs. Comparé à la France, et selon les qualifications, le gain se situe entre 30 et 50%. La population active est aussi très bien formée ici ». PierreOlivier Monteil, chez Playsoft, dresse le même constat. À 29 ans, ce jeune homme dirige depuis 2010 la filiale, basée à Gdansk, de cette société française spécialisée dans les jeux et applications sur téléphones mobiles. « On sent une envie ici, les gens ont “faim” ! observet-il. À peine diplômés, les jeunes s’inscrivent à des cours du soir, ou du week-end, pour se perfectionner… Après la chute du Mur, ils ont dû rattraper leur retard économique à vitesse accélérée, c’est la marque d’une grande capacité d’adaptation ». Et en amont, les universités sont, selon lui, « beaucoup plus à l’écoute des entreprises ici qu’en France ».
La Croix, M Danger, 2013
De Lublin à Varsovie : les deux visages de la Pologne
Malgré une croissance spectaculaire et de nombreuses aides de l’UE, l’est et l’ouest du pays se développent de façon très inégalitaire. Cette fracture force de nombreux habitants à quitter leur région natale afin de tenter leur chance dans une grande ville.
Une histoire d’amitié typique en Pologne : Agnieszka est partie, Olga est restée. Les deux amies, 26 ans, se sont rencontrées au collège de Lubartow, une petite ville de la voïvodie (département) de Lublin, tout à l’est, à 80 kilomètres de la frontière ukrainienne. Elles adorent leur région, très verte, rurale et tranquille, mais quand il a fallu s’inscrire à l’université, l’inévitable question s’est posée : faut-il tenter sa chance à Varsovie, à Cracovie, à Londres, n’importe où sauf ici, la région la plus pauvre du pays ? Quelques années plus tard, les raisons d’hésiter ne manquent pas : comme les autres régions orientales polonaises, cette voïvodie accuse un retard de développement sur les régions occidentales, que les fonds européens n’ont pas encore permis de combler (…)
La Pologne est divisée selon une ligne tracée au milieu du pays il y a plus de trois siècles, entre le royaume de Prusse à l’ouest et l’empire russe à l’est (…). Une « Pologne A » et sa parente pauvre, la « Pologne B », des termes pas vraiment politiquement corrects mais qui sont passés dans le langage courant. « La population vieillit, le taux de natalité chute, les services publics disparaissent, les investissements faiblissent, l’emploi en dehors du secteur agricole ne se développe pas, tandis que l’émigration augmente, ce qui contribue à aggraver encore la situation, ce qu’on appelle un cercle vicieux de sous-développement », explique Monika Stanny.
La Pologne est pourtant le premier récipiendaire de fonds structurels européens (86 milliards d’euros pour la période 2014-2020), redistribués par le gouvernement national. Mais « le montant des fonds reçus par la région de Lublin est nettement insuffisant, surtout comparé à d’autres villes, estime Marian Król, le président de la section régionale du syndicat Solidarnosc. Ce qui ne permet pas d’éliminer les inégalités. La voïvodie de Lublin est devenue plus pauvre que d’autres régions polonaises au cours des siècles (…) Aux différences Est-Ouest s’ajoutent celles entre les villes et les campagnes, accentuées à l’Est (…)
Pourtant, aujourd’hui, la Pologne frôle le plein-emploi et le taux de croissance, que la crise a à peine écorné, s’élève à 4,5 % pour le premier trimestre 2019, l’une des meilleures performances européennes (…). Les Varsoviens sont en moyenne plus riches que les Suédois - Stockholmois mis à part. Le PIB par habitant dans la région atteint 152 % de la moyenne européenne, contre 48 % à Lublin (70 % pour la Pologne, 121 % pour la Suède) (…). De ces inégalités exsude une certaine aigreur. Les nouveaux arrivants à Varsovie sont assez cruellement surnommés les sloiki (les « bocaux »), pour les paniers de conserves qu’ils rapportent le dimanche soir à Varsovie, trop pauvres, se moque-t-on, pour le niveau de vie de la capitale.
Article de Justine Salvestroni, Libération, 21 mai 2019