Axe 1 : Usages sociaux et politiques du patrimoine
Axe 2 : Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrences
Axe 3 : La France et le patrimoine, des actions majeures de valorisation et de protection
THEME 2 :
IDENTIFIER, PROTEGER ET VALORISER LE PATRIMOINE : ENJEUX GEOPOLITIQUE
 
Les espaces patrimonialisés et reconvertis
 

Les acteurs de la candidature auprès de l'Unesco

Entre le 30 janvier 2003, date de son lancement officiel à Lens, et le dépôt officiel de la candidature par l'Etat français le 25 janvier 2010, l'association Bassin minier uni (BMU) a élaboré le dossier technique de candidature. Elle s'est appuyée sur des acteurs institutionnels et associatifs, parmi lesquels la Mission Bassin minier (…). Ce long travail d'inventaire s'est accompagné d'une mobilisation de la population par le biais des ateliers et des clubs BMU. Cette démarche de candidature fédératrice a non seulement contribué à une meilleure connaissance de la culture et du patrimoine minier, mais elle a aussi encouragé la reconnaissance du patrimoine industriel à plus large échelle. Elle a montré qu'aux côtés des cathédrales ou des châteaux de la Renaissance, ce type de patrimoine pouvait avoir une seconde vie et être l'incarnation d'une nouvelle esthétique à apprivoiser. « L’inscription de notre bassin minier sur la liste du patrimoine mondial constituerait un témoignage d'émotion et d'humanité pour les générations passées, présentes et futures, un geste de soutien et de vigilance. Un message d'espoir pour tous ceux qui, partout dans le monde, se battent pour leur liberté et leurs droits. Au-delà de la défense de ce patrimoine industriel et culturel, c'est aussi le sens que je donne à notre candidature. L'histoire du Bastien minier du Nord-Pas-de-Calais est universelle.

Propos de Pierre Mauroy (socialiste, ancien Premier ministre, maire de Lille, sénateur du Nord, président du comité de soutien du Bassin minier uni), publié dans le Journal de la candidature
de BMU en mars 2006.
Film d'animation Bassin minier Patrimoine mondial de l'Unesco
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L’inscription du bassin minier au patrimoine mondial

Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais témoigne de manière exceptionnelle des échanges d'idées et d'influences à propos des méthodes d'exploitation des filons charbonniers souterrains, de la conception de l'habitat ouvrier et de l'urbanisme, ainsi que des migrations internationales qui ont accompagné l'industrialisation de l'Europe (…).

Les paysages (…) offrent un exemple éminent de développement à grande échelle de la mine de houille (…). Il s'agit d'un espace structuré par un urbanisme, des constructions industrielles spécifiques et les reliquats physiques de cette exploitation.

Les événements sociaux, techniques et culturels (…) illustrent de manière unique et exceptionnelle la dangerosité du travail de la mine et l'histoire de ces grandes catastrophes (Courrières). Il témoigne de l'évolution des conditions sociales et techniques de l'exploitation des houillères. Il représente un lieu symbolique majeur de la condition ouvrière et de ses solidarités, des années 1850 à 1990. Il témoigne de la diffusion des idéaux du syndicalisme ouvrier et du socialisme.

Page Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, Unesco, 2019

Une volonté d'attirer plus de touristes grâce au patrimoine

Le bassin minier, terre de misère sociale et de pollution industrielle ? Il est temps de dépasser ces projections désormais dépassées. L'ancien territoire minier dispose de cartes maîtresses, insuffisamment valorisées : des sites de mémoire tels la fosse 11-19 de Loos-en-Gohelle ou la fosse 9-9 bis d'Oignies, les chevalements de Wallers-Arenberg, le centre de Lewarde, entre autres. Et un ensemble inscrit depuis 2012 au patrimoine mondial de l'Unesco, gage de visibilité mondiale à côté des pyramides d'Égypte ou de la Grande Muraille de Chine. Mais la traduction n'est pas encore éclatante en termes d'infrastructures touristiques. Le Louvre-Lens, avec ses 450 000 visiteurs (1), est devenu un lieu phare du bassin minier mais il tarde à produire l'équivalent de « l'effet Guggenheim (2) » qui a permis de régénérer l'économie de Bilbao. Néanmoins, signe encourageant, une résidence hôtelière 4 étoiles va ouvrir en face du musée, aux lieu et place d'anciens logements miniers. Le territoire peut aussi s'appuyer sur le plan de renouveau du bassin minier pour lequel l'État a fléché 100 millions d'euros.

D'après « Les 6 grands défis de la région », Éco121 (magazine économique des Hauts-de-France), 27 juin 2018.

(1) 490 044 entrées en 2025

(2) Musée d’art moderne de Bilbao (Espagne) ouvert en 1977 qui a réussi à donner une nouvelle image de la ville alors marquée par un profond déclin de son industrie lourde


un pôle touristique important : Lewarde

Ce centre historique minier attire aujourd'hui 150 000 visiteurs par an

La diversité des formes de reconversion dans les territoires industriels du Nord

A la différence du patrimoine religieux, civil, militaire ou naturel, le patrimoine industriel a fait l'objet d'une reconnaissance beaucoup plus tardive (…). Sur les friches industrielles peuvent émerger de nouvelles fonctionnalités à caractère culturel, contribuant à la fabrique du lieu et à un processus de reterritorialisation de ces espaces abandonnés par les activités économiques. À partir des années 1990, la culture, originellement considérée comme un luxe, est devenue un outil de développement territorial (…). Dans le Nord-Pas-de-Calais (…), 4 sites miniers entiers ont été complètement restaurés (…). La reconnaissance du patrimoine industriel n'empêche pas des destructions de bâtiments miniers comme le montre l'exemple du projet du Louvre Lens. Son implantation sur le site des mines de Lens, partiellement détruit en 1983, a entraîné, au grand dam des associations locales de protection du patrimoine minier, la destruction des derniers bâtiments encore visibles. Près de Béthune, la lampisterie de la fosse 6 d'Haillicourt est devenue une salle des fêtes (…). Au final, rares sont les sites (…) intégralement rasés (…). Néanmoins, sans pour autant perdre son identité, l'ancien « pays noir » est devenu vert. Cette observation témoigne donc de la réussite de la reconversion écologique des sites miniers. Au total, en l'espace de 30 ans, plus de 8 000 hectares de friches industrielles ont été reconquis pour accueillir des espaces verts, des bases de loisirs ou des réserves faunistiques.

Bruno Lusso, « Patrimonialisation et greffes culturelles sur des friches issues de l'industrie minière », Echogeo, octobre décembre 2013

Une patrimonialisation progressive et un changement de regard sur le territoire

En 2012, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais suscite la curiosité : en plus de l'ouverture d'une antenne du Louvre à Lens, il est reconnu comme patrimoine mondial par l'Unesco quelques mois plus tôt. Les médias mettent alors ce territoire à la une de manière tout à fait inédite. Les expressions positives de « renouveau territorial » et de « renaissance » du bassin minier se multiplient et suscitent de nombreux espoirs de la part de la population locale. Depuis la fermeture des mines (entre les années 1970 et 1990), le bassin minier souffrait d'une image négative à cause de ses difficultés structurelles et de la permanence de certains stéréotypes. En outre, la fin de l'exploitation du charbon a laissé de nombreuses friches urbaines et d'anciens outils de production (carreaux de fosse et chevalements) en mauvais état par manque d'entretien. Rappelons que dans les années 1970-1980, il n'était pas question de conserver des bâtiments qui n'avaient plus d'utilité et les destructions ont été très nombreuses. Un premier changement de regard sur l'héritage minier est lancé par la Direction régionale des affaires culturelles grâce à son inventaire en 1992. En 1998, la Conférence permanente pour le Bassin minier a permis de sensibiliser les acteurs locaux à un processus de patrimonialisation qui s'est progressivement confirmé jusqu'à l'inscription du territoire comme « paysage culturel vivant » par l'Unesco en 2012. Il est alors possible de parler d'inversion du stigmate : le patrimoine minier qui était perçu comme un handicap pour le territoire est aujourd'hui présenté comme un atout, notamment touristique.

Camille Mortelette, spécialiste du bassin minier, manuel d’HGGSP Hachette, 2024.

Le patrimoine minier en danger malgré le label de l'UNESCO
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