Venise et l’overtourisme
Chaque année, des paquebots acheminent près de 1,5 million de touristes à Venise, entre mai et octobre. Or, composée d'une centaine d'îles habitées, la Sérénissime n'est pas située en mer mais dans une lagune faite de zones marécageuses, de sable, de sédiments. [Ces bateaux] déplacent des masses d'eau considérables, un mouvement qui affaiblit les fondations fragiles de la cité, et dégrade cette lagune, qui protège Venise des marées (…).
La Venise historique se dépeuple peu à peu et ne compte plus que 55 000 habitants aujourd'hui, contre 150 000 au début des années 1950. En 2018, la municipalité a imposé un quota de 20 000 participants pour le carnaval, et installé des portiques pour contenir le flux de visiteurs (…). Aujourd'hui, Elle réfléchit à une « contribution de débarquement » dont devrait s'acquitter toute personne arrivant à Venise. Mais les croisières génèrent des emplois, répondent leurs partisans (…). En fait, 74% des gens arrivant par paquebot n'en sortiraient même pas pour visiter Venise ! Les autres font juste un saut place Saint Marc avant de s'en retourner (…). En 2012, Un décret a interdit l'entrée de la lagune aux navires de plus de 40 000 tonnes, mais il a été tout de suite assorti d’une dérogation.
Benjamin Jérôme, « Les croisières n’amusent plus Venise », www.leparisien.fr, 15 juin 2019
Connue dans le monde pour son histoire, son patrimoine architectural et sa situation géographique pittoresque dans la lagune, Venise se caractérise par une forte concentration d'attractions culturelles permanentes importantes (musées, institutions culturelles, monuments), une grande variété d'expositions temporaires et d'événements, ainsi qu'une multiplicité de services « annexes » (restaurants, commerces, structures d'hébergement, guides touristiques, etc.). Le tourisme de masse s'est imposé comme l'un des principaux piliers de l'économie de la ville. Avec des flux touristiques croissants, les débats publics ont reconnu les avantages économiques d'une industrie en plein essor (1), mais aussi les conséquences socio-spatiales affectant les habitants. Parmi elles, la dégradation des espaces publics et du patrimoine historique, artistique, culturel et architectural, la pression paysagère et environnementale, la transformation de l'offre commerciale et des services publics, l'augmentation des loyers et des prix des appartements et des maisons… Les comités, associations et groupes de citoyens impliqués dans diverses formes de mobilisation se sont multipliés, contribuant ainsi à l'émergence d'un réseau citoyen fortement engagé pour faire connaître, dénoncer et s'opposer aux processus de touristification (2).
D'après Laura Fregolent et Matteo Basso, Venise aux prises avec le tourisme. « État d'urgence » et politiques d'intervention, BCH, 2022.
(1) Le tourisme a rapporté 1,6 milliard d’euros de bénéfices à la ville de Venise en 2022
(2) Processus de création d’un lieu ou de transformation d’un lieu ancien par et pour le tourisme
Préserver le patrimoine artisanal local
Le quotidien romain La Repubblica a déploré l'image de « vitrine » que Venise donnait aux visiteurs avec ses masques de carnaval en plastique. Cette transformation mercantile de la ville est particulièrement mal vécue par les habitants, qui la subissent depuis des années. En conséquence de ce ras-le-bol généralisé, la municipalité a déclaré la guerre aux échoppes attirant les badauds avec de la marchandise de qualité médiocre. Durant les trois prochaines années, dans toutes les zones où l'on enregistre un grand trafic piéton et où l'on trouve des édifices protégés, il n'y aura plus d'autorisations pour ouvrir de nouveaux commerces qui vendent de la marchandise de basse qualité. D'autres mesures seront tout particulièrement appliquées dans le quartier historique de Saint-Marc, au profit des artisans locaux : il sera interdit d'ouvrir de nouveaux points de vente de masques et de souvenirs non artisanaux, des distributeurs automatiques, des laveries et même des épiceries qui vendent des boissons et des encas. Seuls les bouchers, poissonniers et magasins de fruits et légumes seront autorisés. La municipalité milite désormais pour un « tourisme durable » et une meilleure réglementation de cette industrie… dérangeante mais profitable.
« Venise s'apprête à se débarrasser des “commerces pour touristes” », Le Point.fr, 12 avril 2022.