Louis-Philippe fait de Versailles un musée en l'honneur de la grandeur de la France
La parole de l'historienne
Louis-Philippe a fait croire qu'il avait sauvé Versailles de la ruine. En réalité, si le château n'avait jamais été menacé de destruction, il trouva un emploi nouveau sous la monarchie de Juillet [1830-1848] : Louis-Philippe avait compris que le mythe était plus puissant que la réalité et que Versailles ne pouvait se justifier qu'en devenant un établissement culturel. Il en a fait un musée ouvert à tous, notion presque banale aujourd'hui, qui ne l'était pas alors pour la destination d'un monument historique. C'est vrai, Versailles était un lieu embarrassant depuis le départ de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le 6 octobre 1789. À partir de la loi du 2 mars 1832, qui rattachait Versailles au domaine de la Couronne, les travaux pouvaient commencer. Travailleur acharné, le roi se mêla de tout pendant quinze ans ; il n'eut recours à aucun intermédiaire et l'architecte Frédéric Nepveu dut souvent se contenter d'appliquer les décisions royales. Dans ses œuvres comme dans sa décoration, le nouveau Versailles répondait à celui de Louis XVI, opposant la galerie des Batailles à la galerie des Glaces, les portraits royaux anciens vis-à-vis des effigies des princes, la conquête de la Franche-Comté face à la conquête de l'Algérie. Le roi chercha la correspondance dans le vocabulaire décoratif, les galeries en enfilade, les portes symétriques et les bas-lambris de marbre, les voûtes historiées jusque dans la chambre du Roi, point d'orgue de la visite où le touriste a remplacé le courtisan. Louis-Philippe avait le souci d'un enseignement qui valorisait le récit ; Versailles fut son outil de propagande.
Valérie Bajou, conservatrice en chef au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, « Versailles, un nouveau dessein », Les Carnets de Versailles, 19 novembre 2018.


Un mécénat de luxe
A Versailles, les Cartier, Louis Vuitton, Chanel, Breguet, Hermès ont remplacé les Rockefeller et David-Weill d'hier. Ils contribuent à la bonne marche du château par des dons financiers ou du mécénat de compétences (1), un apport de produits ou de technologie (…). Ce sont eux qui remettent au pot pour un bassin à sec, une toiture qui ploie, une sculpture en manque de patine, un bosquet défraîchi…
Sans oublier les acquisitions et les expositions d'art contemporain, comme celle de Jeff Koons ou d’Anish Kapoor qui attirent et font le buzz mais coûtent affreusement cher. Entre 2012 et 2018, les marques de luxe ont apporté 19,38% du mécénat de l'établissement (…). Le mécénat de luxe s'accorde bien à Versailles, les marques trouvant un écrin adapté à leurs communications. En effet la loi mécénat de 2003 prévoit que, pour chaque don financier, 2% de cette somme soit rétrocédée au donateur, sous forme de contrepartie (…). Un jeu auquel Versailles excelle, proposant la galerie des Batailles pour 60 000€ le dîner (…). Le 11 mars, Rolex a fait son entrée au château, annonçant la restauration du cabinet d'angle du roi Louis XVI (…). C'est dans ce cabinet personnel donnant sur la cour royale que Louis XVI avait reçu Benjamin Franklin, artisan de l'indépendance américaine. Un choix cohérent pour Rolex, très présent sur le marché nord-américain.
Roxana Azimi, « Les marques de luxe, nouveaux mécènes du château de Versailles », www.lemonde.fr, 22 mars 2019
1. Mise à disposition de personnels et de savoir faire
| source | En euros | en % |
| Billeteries | 86,54 M | 49,1% |
| Mécénat, dons, legs | 8,48 M | 4,8% |
| Valorisation du domaine | 14,56 M | 8,3% |
| Activités commerciales | 0,63 M | 0,4% |
| Coproductions, tournées, itinérances | 1,54 M | 0,9% |
| Valorisation des collections | 0,99 M | 0,6% |
| Recettes diverses | 0, 99 M | 0,6% |
| Subventions pour charges de service public | 38,86 M | 22,1% |
| Subventions d'investissement de l'Etat | 1,67 M | 0,9% |
| Autres subventions publiques | 3,80 M | 2,2% |
| Total | 176,24 M | 100% |