La France est-elle encore une grande puissance géopolitique ?
Si être une « grande puissance » consiste à faire l'Histoire (…), alors seuls les États-Unis d'une part, la Chine voire la Russie d'autre part (…) occupent un positionnement de premier rang. La difficulté pour la France c'est qu'elle est forcément, par l'écart des moyens, dans l'ombre du puissant allié américain au sein du camp occidental (…).
La France est dans tous les clubs qui comptent [comme] le club des 5 États membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, qui est aussi le club des 5 puissances nucléaires reconnues par le traité de non-prolifération nucléaire (…).
La France est ainsi présente dans les négociations face aux crises internationales majeures : le « groupe de contact » qui a géré la crise yougoslave depuis 1994, le groupe E3 sur l'Iran (avec l'Allemagne et le Royaume-Uni) depuis 2003, le « format Normandie » (France Allemagne Russie et Ukraine) pour gérer la crise ukrainienne depuis 2014. Il n'y a qu'en Asie où, depuis la fin de la guerre d'Indochine, la France ne peut plus faire que de la figuration au plan politique : elle n'est pas présente, pas plus que l'Union européenne d'ailleurs, dans les négociations sur la question nucléaire nord-coréen.
Interview de M. Lefebvre, Diploweb, 9 octobre 2019
Les musées français à l'étranger
Cette stratégie d'implantation internationale des musées, qui consiste à placer ses petits drapeaux un peu partout sur le globe, a fait école. Dans un contexte de mondialisation effrénée de la culture, le soft power des musées français n'avait encore jamais été mesuré. C’est chose faite (…). Le projet le plus exceptionnel concerne le Louvre Abu Dhabi et reste unique par son ampleur et les montants financiers mis en œuvre. Signé en 2017 dans un contexte diplomatique d’intensification des liens entre la France et les Émirats arabes unis, l'accord intergouvernemental pour concevoir et réaliser ce musée signé Jean Nouvel a prévu le prêt pour 30 ans de la marque le Louvre (facturé à lui seul 400 millions d’euros).
Les Centres Pompidou provisoires à l'étranger sont un « concept innovant » comparable à une franchise avec une vente temporaire de la marque. Le Centre Pompidou n'intervient ni dans l'investissement ni dans l'exploitation de l'établissement, mais il organise des expositions temporaires. Le premier a été ouvert à Malaga en 2015, le deuxième, Kanal Centre Pompidou, dans un ancien garage à Bruxelles. Shanghai [a inauguré le sien] fin 2019. Par ailleurs, les ventes d'exposition à l'international réalisées clé en main s'avèrent aussi très rentables (…). Le Centre Pompidou a empoché 15,1 millions d'euros entre 2012 et 2018 avec 30 expositions hors de nos frontières (…). C'est aussi l'opportunité de doper encore, par effet boomerang, le flot des touristes étrangers dans les musées hexagonaux. Ils représentent pourtant déjà 79% des visiteurs du château de Versailles, 70% du Louvre.
Nicole Vulser, « La Cour des comptes incite les musées à exporter leur soft power », Le Monde, 14 juin 2019