Le monde d'après 1991
THEME 2
DU MONDE BIPOLAIRE AU MONDE MULTIPOLAIRE

Objectif : Comprendre comment le monde a basculé d’un monde bipolaire vers un monde multipolaire


L’ordre mondial face aux tensions entre grandes puissances. Entretien avec Asle Toje
Entre les États-Unis, la Chine et, dans une moindre mesure, la Russie, l’ordre mondial est en pleine recomposition. Les luttes pour le pouvoir, les sphères d’influence et les intérêts stratégiques redessinent les relations internationales.
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Panorama des formes de conflits dans le monde. Guerre régulière, guerre irrégulière, guerre hybride
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XXIe : combien de guerres ? | Le Dessous des Cartes | ARTE
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Dix conflits à surveiller en 2025 | International Crisis Group
Le retour de Donald Trump renforce l’imprévisibilité d’un monde déjà instable. Alors que les tensions mondiales sont de plus en plus vives, des mutations se profilent à l’horizon, que ce soit par le biais d’accords ou par la force des armes.
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Pascal Boniface - Quelles guerres dans les années 2020 ? - Les Experts du Dessous des cartes | ARTE
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À l’occasion de la parution de notre dossier “L’Occident contre le reste du monde” (Courrier international no 1750, daté du jeudi 16 mai 2024), nous avons choisi de représenter sur une même carte les principaux conflits qui déchirent la planète aujourd’hui, mais aussi les zones de tensions qui pourraient en entraîner d’autres. Et remettre définitivement en question l’ordre hérité de la Seconde Guerre mondiale.

Dans un monde chamboulé par les guerres en Ukraine et à Gaza, même le tracé des frontières n’est plus si certain et assuré, s’inquiète El País. Les zones de tension ne se limitent pas à ces deux périmètres. Loin de là. Les ambitions de Pékin en mer de Chine, la menace qui pèse en permanence sur Taïwan, tout comme la récente volonté affichée du Venezuela de revendiquer l’Essequibo, province du Guyana, ou le conflit en cours au Yémen, donnent l’impression d’un monde sur le point d’imploser, sans que les institutions internationales, de plus en plus contestées, puissent réellement intervenir.

Ainsi, “la Chine s’emploie-t-elle à imposer sur la terre, sur la mer et dans les airs une politique du fait accompli, relève El País. Un accaparement de territoires, d’eaux internationales et d’espaces aériens dans lesquels elle défie des pays moins puissants, mais aussi des puissances comme l’Inde.”

Ce sont ces menaces que nous avons réunies dans cette carte réalisée par le cartographe Philippe Godefroy. Une liste loin d’être exhaustive… ou définitive.

De fait, “Sud global”, “Nord global”, “The West versus the Rest” sont autant de formules, de plus en plus employées, qui tentent de raconter un monde qui se crispe et se fracture.

Déjà, avec la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, le monde avait commencé à se diviser, certains pays condamnant l’agression russe, et d’autres, comme beaucoup d’États africains, préférant une position de neutralité. Mais la guerre à Gaza a encore accentué ce fossé : l’Occident est désormais contesté frontalement, accusé d’un “deux poids deux mesures” dans l’application du droit international.

L’ordre du monde né de la Seconde Guerre mondiale vacille, les remises en question se multiplient dangereusement. Et, pour l’heure, rien de solide n’est apparu qui permettrait de forger un contre-modèle.


La menace nucléaire en Corée du Nord
Le leader nord-coréen Kim Jong-un, entouré de scientifiques posant devant une probable ogive nucléaire, mars 2016

Malgré la signature du traité de non-prolifération (1968), certains États continuent de développer des programmes nucléaires dans le but de se doter de l'arme nucléaire. C'est le cas de la Corée du Nord, qui multiplie les démonstrations de force face à la Corée du Sud et aux États-Unis
 

Alors que les crises s’accumulent, le multilatéralisme semble à bout de souffle. Mais au-delà des apparences, c’est sa prétention à l’universalité qui vacille. Face à l’émergence d’un plurivers de rationalités politiques irréconciliables, il devient urgent de repenser la coopération internationale sans illusion ni nostalgie.

Le multilatéralisme vacille. Guerre en Ukraine, tensions sino-américaines, fragmentation économique et diplomatie par clubs restreints : les institutions conçues pour encadrer la puissance par des règles communes paraissent à bout de souffle. Mais derrière la liste familière des crises, un diagnostic plus profond s’impose : ce n’est pas la force des États qui a changé, c’est la reconnaissance des normes elles-mêmes qui s’effrite. Longtemps présenté comme le garant d’un ordre universel, le multilatéralisme libéral est de plus en plus perçu comme le produit d’une histoire singulière, portée par les démocraties occidentales, qui ont cru pouvoir créer un ordre inclusif et partagé. Face à la montée des États-civilisations et au renforcement des coalitions alternatives comme les BRICS+, il devient urgent de poser la vraie question : et si le problème n’était pas que certains acteurs violent les règles, mais qu’ils en contestent désormais les fondements au regard de leur efficacité et de leur légitimité ? Sous nos yeux, le monde bascule vers un plurivers, où coexistent des rationalités politiques irréconciliables. Dans cet espace nouveau, la gouvernance mondiale ne pourra plus reposer sur l’universalité présumée d’un modèle unique, mais devra apprendre à composer avec la diversité profonde des visions du monde.

Le multilatéralisme : Un mythe de l’universel imposé

Depuis Yalta, le multilatéralisme s’est bâti sur une promesse fragile : transcender les souverainetés nationales au nom d’un ordre mondial fondé sur des règles communes. Pourtant, cet ordre était biaisé dès sa conception. Le droit de veto octroyé aux cinq grandes puissances au Conseil de sécurité instaurait une hiérarchie durable, verrouillant toute dynamique réellement égalitaire. Ce compromis initial, souvent oublié, a façonné une gouvernance internationale structurée autour des intérêts des vainqueurs de 1945. Avec l’effondrement de l’URSS, cette asymétrie s’est transformée en certitude : l’ordre libéral, adossé aux institutions internationales — ONU, FMI, OMC —, apparaissait comme l’aboutissement naturel de l’histoire. L’idée d’un monde unifié par le droit, le libre-échange et la démocratie libérale s’imposait comme l’unique horizon légitime. La mondialisation heureuse célébrait alors une convergence inexorable des modèles politiques et économiques, éclipsant les différences culturelles et les rapports de force persistants. Mais cette illusion n’a pas tardé à révéler ses angles morts. Loin de produire une homogénéisation pacifique, l’extension de l’ordre libéral a creusé des fractures internes et exacerbé les tensions entre les centres et les périphéries du système mondial.

Malgré la croissance économique, les inégalités se sont approfondies, tant à l’intérieur des nations qu’entre elles, et la dégradation écologique a dévoilé les limites d’un modèle de croissance aveugle à ses propres externalités. Plus grave encore : nombre d’acteurs, relégués au rang d’exécutants du système, n’ont jamais reconnu pleinement la légitimité de cet ordre supposé universel. Derrière le projet d’un multilatéralisme fondé sur des valeurs communes se cachait une conviction sincère : celle que les principes libéraux, portés par les démocraties occidentales, pouvaient être universellement partagés. Cette croyance a occulté le fait que les normes proposées — loin d’être neutres — étaient le produit d’une histoire, d’un contexte et de rationalités spécifiques. Aujourd’hui, ce modèle est de plus en plus contesté, non seulement au nom d’intérêts divergents, mais aussi au regard de ses performances limitées face aux défis globaux et de ses angles morts persistants. Loin de susciter l’adhésion généralisée, il est confronté à une pluralité irréductible de visions du monde


Article de Caroline Fabianksi, "Multilatéralisme : la fin d'une illusion universelle", site Le Diplomate Média, juin 2025