La République face aux crises
HISTOIRE - THEME 3
La Troisième République : un régime, un empire colonial
Le document iconographique à analyser
Caricature anti-républicaine de la fin du XIXème siècle, cité dans Maurice Agulhon, Marianne, les visages de la République, Editions Gallimard, 1992
 

Le scandale de Panama

En 1892, le député boulangiste Jules Delahaye dénonce à la Chambre les malversations liées au percement du canal de Panama. La compagnie fondée par Ferdinand de Lesseps a utilisé une partie des fonds d'une souscription publique pour obtenir le soutien d'hommes politiques et de journalistes.

Je viens vous demander de nommer une commission d'enquête (…). On a comparé le scandale de Panama à celui d'un ancien député, gendre du président de la République, tenant le trafic que vous savez dans le palais même de l'Élysée (1). Hélas ! Le trafic de la Légion d'honneur n'est qu'une misère à côté des trafics de Panama (…). C’est la curée (2) au grand soleil de la fortune des citoyens, des pauvres et des besogneux, par des hommes ayant mission de la protéger de la défendre. 3 millions furent distribués à plus de 150 membres du Parlement (…). Une véritable meute de politiciens assaillit les administrateurs de la compagnie pour exiger d'eux de nouvelles sommes au budget de la corruption de Panama (…). Il y a ici 2 catégories de personnes qui m'écoutent : celles qui ont touché et celles qui n'ont pas touché.

Compte rendu de la séance extraordinaire du 21 novembre 1892 à la Chambre des députés

(1) En 1887, la révélation d'un trafic de décoration par Daniel Wilson, député et gendre du président de la République Jules Grévy entraîna la démission de ce dernier.

(2) Fin de la chasse, lorsque du gibier est distribué aux chiens

L'affaire Jules Grévy - Visites privées
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Le scandale de Panama (1892)

Le polémiste antisémite Edouard Drumont dénonce dans son journal le scandale des 104 députés « chéquards » ayant perçu des sommes provenant de la compagnie de percement de l'isthme de Panama dirigée par l'ingénieur Ferdinand de Lesseps.

Monsieur de Lesseps est un académicien, et l'illustre corps est peu soucieux de voir un de ses membres condamné pour abus de confiance (…). J’aurai à examiner les rapports de la compagnie de Panama avec les entrepreneurs de la finance et enfin le monde parlementaire (…). Pendant la période de Panama, la presse fut domestiquée (…). A qui Charles de Lesseps faisait-il cette faveur (1) (…) ? A toute une bande de vautours, à commencer par les administrateurs, les hommes politiques dont on payait ainsi le concours (2) (…). Voulait-on, par exemple payer un ministre ? Sous un nom d'emprunt quelconque, par l'intermédiaire d'un établissement financier, on lui attribuait un nombre de parts représentant la somme promise (…). Arton [un homme de main] commanditait La Presse avec de l'argent du Panama. La dynastie de Lesseps et leurs serviteurs restent debout et narguent la justice et trouvent encore un appui dans les sphères gouvernementales.

Micros (pseudonyme d’Edouard Drumont), La Libre Parole, 12-18 septembre 1892

(1) Somme versée au titre de primes. Charles de Lesseps est le fils de Ferdinand de Lesseps, tous 2 accusés de corruption

(2) Il s'agit d'obtenir le soutien de députés pour voter l'autorisation d'un emprunt en faveur de la compagnie de percement de
l'isthme de Panama