Etats et religions aujourd'hui
THEME 3 :
ANALYSER LES RELATIONS ENTRE ETATS ET RELIGIONS
Chapitre introductif :
Etats et religions aujourd'hui
La Constitution chinoise, rédigée en 1982, protège les « cinq religions officielles » (bouddhisme, catholicisme, protestantisme, islam, taoïsme). Mais depuis l’arrivée de Xi Jinping à la tête du pays en 2013, les cultes chrétiens, l’islam et le bouddhisme tibétain sont l’objet d’une offensive massive. En plus d’interdire des financements étrangers, de superviser les formations des prêtres et de limiter leurs déplacements, de ficher les fidèles ou d’interdire aux moins de 18 ans d’assister à la messe, l’État oblige désormais les organisations religieuses à « promouvoir l’idéologie du Parti communiste » et à « soutenir la direction du Parti ». La volonté de « siniser » les religions va si loin que l’État a annoncé qu’il allait réécrire la Bible, le Coran et les sutras tibétains pour « qu’ils reflètent les valeurs fondamentales du socialisme ». Le but est non seulement d’augmenter l’emprise de l’idéologie du Parti dans la sphère religieuse, mais aussi de supprimer tout élément qui pourrait remettre en question sa domination. Les caméras, les contrôles d’identité, la reconnaissance faciale sont désormais courants à l’entrée des édices religieux, qui doivent arborer le drapeau chinois et mettre en évidence la photo de Xi Jinping.
« En Chine, le nouveau chemin de croix des religions », Libération, 19 janvier 2020.

 

Constitution de la République populaire de Chine (1954 révisée et amendée en 1982)

« Les citoyens de la République populaire de Chine jouissent de la liberté de croire à une religion. Aucun organe de l’Etat, aucun organisme public ou privé ne peut contraindre les citoyens à croire ou à ne pas croire à une religion. L’Etat protège les activités religieuses normales, Personne ne peut, au nom d’une religion, organiser des actions qui troublent l’ordre public, qui nuisent à la santé des citoyens ou qui entravent le système éducatif de l’Etat. Le corps religieux et les affaires religieuses ne doivent pas être l’objet d’une domination étrangère. »

L'encadrement des religions en Chine
Les autorités chinoises ont désaffecté, fermé, démoli et converti des mosquées à un usage séculier, dans un effort visant à restreindre la pratique de l'islam. Dans de nombreuses autres mosquées, elles ont démantelé et retiré certaines caractéristiques architecturales islamiques, telles que les dômes et les minarets (...). La loi chinoise n'autorise les citoyens à pratiquer que les religions officiellement approuvées (1), dans des lieux de culte eux-mêmes officiellement approuvés, et les autorités conservent un contrôle strict sur ces lieux de culte. Depuis 2016, quand le président Xi Jinping a appelé à la "sinisation" des religions, politique visant à faire du Parti communiste chinois (PCC) l'arbitre de la vie spirituelle des citoyens, le contrôle de l'Etat sur la religion s'est renforcé (...). Un fondement essentiel de la "sinisation" des religions est de contrer ce qui est perçu comme des influences "étrangères" s'exerçant à travers les religions. Les fidèles de l'islam - qui souffrent également d'une islamophobie grandissante parmi le peuple chinois - et du christianisme ont fait les frais de ces politiques xénophobes. En 2015, les autorités ont retiré les croix de certaines églises et, dans certains cas, ont totalement démoli des églises dans la province du Zhejiang, qui est considéré comme le coeur du christianisme chinois.
Human Rights Warch, "Chine : Des mosquées fermées, rasées ou désaffectées dans les régions musulmanes", 22 novembre 2023
(1) En République populaire de Chine, seules 5 religions ont un statut officiel : taoïsme, bouddhisme, islam ainsi que le christianisme sous les formes du protestantisme et du catholicisme.