Les espaces ruraux se définissent par de faibles densités de population et l'importance des surfaces non bâties agricoles ou naturelles.
Les pressions qu'ils subissent sont nombreuses et diverses. Autour des villes, ils sont soumis à une artificialisation liée à l'étalement urbain, au développement des infrastructures de transport, des activités commerciales et industrielles. Dans les régions agricoles d'agriculture intensive (Bassin parisien, Bretagne, Alsace…), les paysages s’uniformisent, tandis que les sols et les ressources en eau sont dégradées par la pollution et les techniques de culture (usage de pesticides, irrigation, mécanisation). Seules les montagnes apparaissent globalement plus épargnées.
Ces espaces ruraux font néanmoins l'objet de politiques de protection et de valorisation. Certaines, très strictes, concernent des espaces ruraux riches d'une forte biodiversité très spécifiques comme les montagnes : elles passent par la création de parcs nationaux, qui restent rare puisqu'on n'en compte que 6 (hors littoraux). Dans d'autres espèces ruraux moins exceptionnels, de nombreux parcs naturels régionaux ont été créés pour valoriser un patrimoine rural, naturel ou culturel, intéressant.
Anne Vanacore, Hatier, 2023
Le modèle agricole breton
2 bretagnes se font face. Pas une semaine ne passe sans qu'un collectif ne s'oppose à l'agrandissement d'un élevage hors-sol ou ne dénonce une énième pollution des cours d'eau à la suite d'un rejet de lisier (…). Bien souvent, c'est une opposition de fond au modèle agricole dominant dans la région qu’exprime une partie des locaux. Ce même modèle qui a fait de la Bretagne, en quelques décennies la première région agricole de France et l'une des principales d'Europe. Dans la péninsule environ 110 millions d'animaux d'élevage cohabitent avec 3,3 millions d'humains .110 000 agriculteurs et ouvriers du secteur agroalimentaire nourrissent l'équivalent de 22 millions de personnes. 58% de la viande porcine, un tiers des volailles, un quart des tomates et presque la moitié des œufs produits en France proviennent de Bretagne. Mais ce succès a plusieurs rançons : pollution, défiguration des paysages, qualité parfois médiocre des productions, dépendance aux subventions…
Nicolas Legendre et Benjamin Keltz, « Agriculture productiviste : La France bretonne », Le Monde, 17 novembre 2020
Le porc sur la paille, un autre modèle pour la Bretagne
Les cochons de Pascal Pérot gr [éleveur dans les Côtes d’Armor] grandissent dans des bâtiments ouverts sur l'extérieur, sur de la paille. « Je ne voulais pas être montré du doigt comme pollueur et j'étais sensible à la notion de bien-être animal ». En France, 95% des porcs sont élevés sur caillebotis, un sol ajouré qui permet l'évacuation rapide de leurs déjections, le lisier. Epandu sur les terres de culture pour les fertiliser, ce dernier nourrit la critique du modèle d'élevage breton. Cet élevage intensif est à l'origine de la pollution des eaux et des marées d'algues vertes qui affectent le littoral (…). Polluant, ce modèle met aussi régulièrement des éleveurs dans la rue, lorsque le prix du porc ne leur permet plus de vivre de leur travail. C'est ce qui a conduit l'association bretonne Cohérence à réfléchir à un modèle alternatif et (…) à développer un cahier des charges pour un élevage de porc durable. Pour assurer la viabilité économique de ce modèle, l'association a cherché de nouveaux débouchés pour ses producteurs, dont une majorité propose sa viande en vente directe.
M. Perrier, Alternatives économiques, 20 juillet 2017
Environ 20% des exploitations agricoles sont équipées d'un système d'irrigation et 5% de la surface agricole utile (SAU), soit 1,5 million d'hectares, est irriguée. La pratique de l'irrigation n'est pas uniforme sur le territoire, elle varie en fonction du climat, de la nature des sols, des types de cultures et de la facilité d'accès à la ressource. Ainsi,15% des surfaces sont irriguées dans le Sud, l'Ouest, l'Alsace et la Beauce mais seulement 1% des surfaces dans le Nord et dans l'Est, 60% des surfaces irriguées concernent des productions de maïs (30% des surfaces de maïs sont irriguées). La consommation d'eau pour les besoins de l'irrigation agricole est concentrée durant les mois d'été (…). Les progrès techniques de l'irrigation depuis le début des années 1990 ont conduit en 30 ans à une réduction de plus d'un tiers de la consommation d'eau pour l'irrigation agricole, à production constante, en passant de l'aspersion à la micro-aspersion puis au goutte-à-goutte. Cette modernisation des techniques d'irrigation n'est d'ailleurs pas achevée. Il existe donc encore des marges de manœuvre pour des améliorations techniques.
Vie publique, « Mégabassines : 7 questions sur ces réserves d'eau pour l'irrigation », mise à jour le 25 mars 2023
La protection des milieux, la patrimonialisation et la mise en tourisme des espaces ruraux
Depuis leur création en 1967, les parcs naturels régionaux (PNR) sont emblématiques des dynamiques rurales contemporaines et de l'ambition de concilier développement local et protection des milieux naturels. Au nombre de 58 (…), ils sont majoritairement localisés dans les espaces ruraux et utilisés comme des outils d'attractivité pour les communes et de mise en valeur des activités et patrimoines ruraux. Les espaces ruraux français se caractérisent plus largement par l'extension des dispositifs de protection, incluant les paysages, les savoir-faire ou encore les productions agricoles et artisanales via les indications géographiques protégées (1). Ces dispositifs de protection participent à la mise en tourisme des espaces ruraux, qui touche une part croissante des espaces ruraux métropolitains, mais aussi ultramarins.
Yves Colombel, Daniel Oster, professeurs de géographie, La France, territoires et aménagement face à la mondialisation, Nathan, 2023
(1) Appellation appliquée à des produits correspondant à une localisation géographique ou à une origine spécifique et indiquant que ces produits possèdent certaines qualités