ETUDIER LES DIVISIONS POLITIQUES DU MONDE : LES FRONTIERES
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THEME 4
 
Narva, histoire d'une frontière - Cercle Agénor
A travers ce récit richement illustré, Alexis de Wrangel nous invite à plonger dans l'histoire mouvementée de Narva, cette pointe de l'Union européenne faisant face à la Russie. Cet article s'inscrit dans le cadre du cycle de réflexion géo-politique sur les frontières européennes engagé par le Cercle Agénor depuis l'été 2022.
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Litige frontalier. L’Estonie réclame que la Russie libère un “territoire occupé”

Signé il y a cent ans entre l’Estonie et la Russie soviétique, le traité de Tartu reste aujourd’hui objet de controverse entre les deux pays. Si de son côté la Russie considère qu’il n’a pas de valeur juridique, l’Estonie en revanche insiste sur sa validité.

Un traité frontalier non ratifié envenime depuis longtemps les relations bilatérales entre l’Estonie et la Russie. Au cours de la première moitié des années 2000, les deux voisins ont pourtant tenté de trouver une solution à leur discorde. Mais depuis 2015, un nombre croissant de politiques estoniens appellent à abandonner tout bonnement l’idée de ratifier l’accord paraphé en 2014.

C’est le cas de Henn Põlluaas, chef du Riigikogu, le Parlement estonien, et membre du parti national-conservateur “Parti populaire conservateur d’Estonie” (abrégé EKRE). Le 1er février, la veille du centenaire du traité de Tartu, dans un entretien avec le portail estonien ERR, il a appelé “la Russie à restituer les territoires estoniens occupés, si elle respecte le droit international”.

Le traité de Tartu est toujours valable, c’est un postulat inébranlable pour l’Estonie. Il n’y a pas de nouveau traité frontalier qui modifierait cette ligne, et la frontière avec la Russie reste, de jure, déterminée par ce traité.”

Critiqués par les collègues parlementaires de Põlluaas, ces propos ont également suscité une vive réaction de la part des autorités russes, pour lesquelles “la question des revendications territoriales de l’Estonie à l’égard de la Russie est fermée une fois pour toutes”, relaie le quotidien Kommersant.

Indépendance et territoires contestés

Petit rappel historique. Après la révolution russe, les bolcheviques ont peiné à s’installer dans la province d’Estonie. Cette dernière est devenue, avec l’appui de la France et du Royaume-Uni, un pays indépendant en 1917.

Comme le raconte Gazeta.ru, les deux pays alors nouvellement formés ont été contraints de conclure un traité, connu sous le nom de traité de Tartu, en date du 2 février 1920. Ainsi, “ils se reconnaissaient mutuellement comme des États indépendants et refusaient toute revendication mutuelle”. De plus, selon l’accord, les territoires russes d’origine – aujourd’hui une partie des oblasts de Leningrad et de Pskov, situés à l’ouest de Narva (Estonie) – devenaient une partie de l’Estonie.

Un an après le pacte germano-soviétique de 1939 et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l’Estonie a été incorporée à l’URSS, au sein de laquelle elle est restée jusqu’en 1991 – à l’exception de la période d’occupation nazie en 1941-1944. Pour les Estoniens, l’ère qu’a connue leur pays sous le gouvernement soviétique est aussi considérée comme une “période d’occupation”.

Pour la partie russe, cela signifie que l’Estonie a perdu son statut d’entité de droit international, entraînant l’invalidation du traité de Tartu. “Dès lors, comme l’a expliqué Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères citée par l’agence Interfax.ru, les deux signataires faisaient partie d’une entité de droit international, à savoir l’URSS ; en outre, le traité n’est pas dans le registre des traités internationaux en vigueur de l’ONU.

Échec des négociations

Après la chute de l’URSS en 1991, la Russie a dû redéfinir ses frontières avec les anciennes républiques soviétiques devenues des États indépendants. Les négociations sur la frontière russo-estonienne ont duré onze ans, et ont abouti à la signature en 2005 d’un traité sur la reconnaissance des frontières mutuelles.

Cependant, la ratification de ce traité a échoué. Comme l’explique le site Vzgliad, proche des positions du Kremlin, “les députés estoniens ont inclus dans le préambule une mention du traité de Tartu qui leur donnait la possibilité de revendiquer des territoires ultérieurement”. Ce qui a naturellement empêché, continue Vzgliad, la ratification du document. En effet, “Moscou n’a pas accepté les conditions qui lui étaient imposées, et a retiré sa signature”.

La probabilité de ratification reste faible

Le nouveau traité, signé après la reprise des négociations en 2012, a connu le même destin que le précédent. Sauf que cette fois, c’est le parlement estonien qui l’a ratifié le premier, en 2017. Depuis cette date, “les députés estoniens attendent que leurs homologues russes fassent de même”, s’impatiente le quotidien estonien Postimees.

“Depuis lors, les relations entre les [deux] pays se sont considérablement détériorées – la ratification du traité dans les années à venir est peu probable”, conclut Vzgliad. La “faible probabilité” d’une ratification est confirmée par le Premier ministre estonien Jüri Ratas, qui n’en souligne pas moins l’importance de maintenir le dialogue avec Moscou, d’après le quotidien Postimees.

Moscou, pour sa part, déclare ne pas vouloir s’occupe de la ratification tant que les politiciens estoniens n’auront pas cessé leur politique russophobe. Pour Leonid Sloutski, chef de la commission parlementaire des affaires internationales de la Douma, cité par RIA-Novosti, “cette politique a un impact négatif sur le dialogue interparlementaire”, de sorte que la procédure de ratification demeure suspendue.

Valeriia Anikushina, Courrier international, 10 février 2020


Au poste-frontière de Luhamaa, à quelques centaines de mètres de la Russie : « D’un côté, vous avez le monde démocratique, de l’autre, un monde totalitaire »
Au poste-frontière entre l’Estonie et la Russie, les gardes veillent au respect des sanctions adoptées par Bruxelles. Mais les nombreuses exceptions et le transit vers des pays tiers compliquent leur travail. Tallinn est favorable à un embargo total.
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"Il y a de quoi être nerveux" : en Estonie, la frontière avec la Russie se militarise, les habitants restent inquiets

Après quatre ans de guerre en Ukraine, les Estoniens frontaliers avec la Russie craignent d'être les prochains sur la liste. Ils coupent certaines routes et commencent à installer des bunkers pour faire face à une potentielle invasion russe.

La guerre entre la Russie et l'Ukraine a des conséquences partout en Europe. Quatre ans après le début de l'invasion russe en Ukraine , les trois pays baltes, ex-républiques socialistes soviétiques, craignent d’être les prochains sur la liste si la Russie finissait par l’emporter. Eux qui ont rejoint l’Union européenne et l’OTAN en 2004 sont en pleine militarisation de leurs frontières. Au sud de l'Estonie , dans la municipalité rurale de Setomaa, composée de petits villages, les habitants sont inquiets.

"C'est impossible d'aller plus loin", lance le maire Raul Kudre, en roulant le long de la frontière. Il y a un gros panneau sens interdit. Plus loin, deux blocs de béton barrent le passage et à gauche, derrière des barbelés, les grands sapins recouverts de neige sont russes. 100 mètres, c’est un tout autre monde ! Sur la gauche, c’est la frontière russe. Les balises blanches et noires marquent la frontière estonienne. Les rouges et vertes, c’est la Russie", explique l'édile, plus à l’aise en russe qu’en anglais, même s’il cherche parfois ses mots et préfèrerait parler estonien.

Une cartographie précise

Raul Kudre explique que la route, qui passe par la Russie sur un kilomètre, était utilisée par les habitants pour se déplacer d’un village à l’autre, mais, en octobre, les gardes-frontières y ont repéré une dizaine de soldats russes armés. Les autorités estoniennes ont décidé de couper la route pour raison de sécurité. Les habitants doivent faire un détour. Une déviation est en train d’être construite.

"Les premiers jours de la guerre en Ukraine, nous nous sommes réunis ici, et nous avons dessiné une carte indiquant qui habite où", raconte Aarne Leima, qui vit un peu plus au sud, dans le village de Luhamaa. "Nous savons où sont stockées l’eau, la nourriture, qui sont les personnes isolées, comment maintenir le contact entre les villages, mais si un jour quelque chose devait arriver, nous n’avons aucune idée de ce à quoi cela pourrait ressembler", confie-t-elle.

Des bunkers dans la forêt

La Russie attaquerait-elle la frontière, ou les grandes villes, comme Tartu, Tallin, ou Riga en Lettonie ? L’article 5 de l’OTAN, celui de la solidarité entre alliés, fonctionnerait-il ? Et combien de temps ? À Uusvada, 25 habitants, Rein Jarvellil préfère ne pas y penser : "C’est très perturbant, il y a vraiment de quoi être nerveux." Il se dit "préparé", mais déplore "une situation vraiment critique" : "Ce ne serait pas un endroit où on pourrait rester en vie. Il faudrait évacuer. Cela n’a aucun sens de se préparer à rester."

Les plans d’évacuation sont déjà prêts, dans cet endroit où commencent à être construits en pleine forêt les premiers bunkers de la ligne de défense des Pays Baltes. Meelis Saarepu, chef des gardes-frontières du sud de l’Estonie, explique que le processus de militarisation a commencé bien plus tôt, dès 2014, quand un membre des renseignements estoniens avait été enlevé par la Russie, mais la situation s’est tendue depuis la guerre à grande échelle en Ukraine.

Par Virginie Pironon publié sur France Inter le 24 février 2026

A la frontière, Narva l'estonienne, sa minorité russophone et la menace russe
Les deux forteresses se toisent de chaque côté du fleuve séparant l'Estonie de la Russie. A Narva, ville écartelée entre la crainte du puissant voisin et sa population russophone, le "pont de l'Amitié"…
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Aux frontières de la Russie : la peur de la guerre | Le dessous des cartes - ARTE
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Des barbelés, des obstacles anti-char et des militaires sur le qui-vive: pourquoi l'Estonie a soudain peur que Moscou mette un pied dans l'Otan en prenant la petite ville de Narva
Narva, petite ville estonienne posée à la frontière russe, est sous pression depuis plusieurs jours. Sur les réseaux sociaux, une campagne appelle à proclamer son indépendance. Un scénario qui rappelle de façon troublante les opérations de déstabilisation qui avaient précédé les interventions russes...
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Estonie/Russie - Narva-Ivangorod : les dynamiques multiformes d’une frontière orientale de l’Union européenne
Fruit d’une géohistoire complexe et douloureuse, le doublet urbain frontalier Narva/Ivangorod est un laboratoire des relations géopolitiques et géostratégiques entre l’Estonie et la Russie. L’agglomération de 77 000 habitants se trouve en effet à 185 km de Tallinn et à seulement 130 km de Saint-Pétersbourg. Situées au cœur d’une importante région industrielle et d’extraction minière, Narva et sa région ont la particularité en Estonie d’avoir une écrasante majorité de leur population russophone, une situation héritée de la période soviétique. Indépendante depuis 1991, l’Estonie signe un accord final de délimitation frontalière avec la Russie en 1996, puis entre dans l’OTAN en avril 2004, dans l’Union européenne en mai 2004, dans l’Espace Schengen en décembre 2007 puis dans la zone Euro en janvier 2011.
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Géopolitique. La “botte de Saatse”, curiosité frontalière et source de tensions entre l’Estonie et la Russie

Une route singulière, longue de 1 kilomètre, relie deux villages estoniens en traversant brièvement le territoire russe. Le 10 octobre, sa fermeture temporaire par Tallinn, après l’apparition de soldats russes non identifiés sur le tronçon, a remis sur la table la question d’un traité jamais ratifié entre les deux pays.
Sur près de 1 kilomètre, une route estonienne traverse une portion du territoire russe qui s’avance dans le sud-est de l’Estonie et est connue sous le nom de “botte de Saatse”. Cette route relie les villages de Sesniki et de Lutepaa, tous deux situés en Estonie, et doit son existence à la ligne de démarcation tracée en 1944 entre les deux républiques soviétiques. Aujourd’hui encore, elle sert de raccourci indispensable aux habitants de la région.
Mais le 10 octobre, des soldats russes non identifiés ont été aperçus sur ce tronçon, contraignant Tallinn à en interdire temporairement l’accès pour des raisons de sécurité. Selon Radio Free Europe/Radio Liberty, il s’agissait d’“un groupe plus grand que la normale de soldats masqués et camouflés”. Le ministre de l’Intérieur estonien, Igor Taro, a déclaré au quotidien Postimees que la portion resterait fermée plusieurs jours, tout en précisant :

“Il n’y a pas de menace directe de guerre. Les forces de défense estoniennes l’ont constamment confirmé. L’incident de la botte de Saatse n’a rien changé à la situation.” Depuis 2003, l’usage de cette route est régi par un accord entre l’Estonie et la Russie : les automobilistes peuvent l’emprunter à condition de ne pas s’arrêter ni de descendre de leur véhicule. Ce compromis repose sur une base juridique fragile, car le traité frontalier entre les deux pays n’a jamais été ratifié.

“Le sujet est redevenu très sensible”

“Pourquoi cette botte de Saatse est-elle toujours en territoire russe ?” s’interroge ERR, le média public estonien. Le retour de la souveraineté estonienne sur cette zone est prévu par le traité bilatéral sur les frontières, signé mais jamais ratifié depuis l’indépendance du pays, en 1990. Les premiers pourparlers ont commencé en 1990, et, selon Janek Magi, un employé du ministère de l’Intérieur cité par le journal, “il n’y a donc pas eu de véritable conflit à ce sujet, ce qui explique pourquoi une route de contournement n’a pas encore été construite”.
Une première version du traité était prête dès 1996, puis signée en 2005. Mais Tallinn voulut y ajouter une référence au traité de Tartu (1920), qui accordait à l’Estonie un territoire légèrement plus étendu. “En vertu du traité de Tartu, le territoire de l’Estonie serait en effet légèrement plus grand, au détriment de la Russie”, rappelle ERR. Moscou y a vu une menace de revendication territoriale.

Un nouvel accord a été trouvé en 2014, peu avant l’annexion de la Crimée, mais sa ratification a été de nouveau reportée. “Après que la Russie a lancé son offensive contre l’Ukraine au printemps 2014 [Moscou soutenait les factions prorusses qui combattaient l’armée ukrainienne dans le Donbass], le sujet est redevenu très sensible et aucun progrès n’a été réalisé”, note ERR.

Dans un climat de tension persistante, Marko Mihkelson, président de la commission parlementaire des affaires étrangères estonienne, estime que “pour la sécurité de l’Estonie, il serait préférable que nos frontières soient définies par un traité bilatéral, avec une ligne frontalière clairement reconnue par le droit international”. En attendant, Tallinn prévoit d’accélérer la construction d’une route de contournement : si les amendements à la loi sur l’environnement sont adoptés, elle pourrait être achevée d’ici à 2026.

Marielle Vitureau et Gerry Feehily, Courrier international, 17 octobre 2025


NATO's presence in Estonia 🇪🇪
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En Estonie, la ville de Narva se prépare à une potentielle invasion de la Russie • FRANCE 24
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Estonie : des barrières métalliques aux postes-frontières avec la Russie
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