La haute mer, un espace de convoitises
La CNUDM (Convention des Nations unies sur le droit de la mer) désigne les sols et sous-sols de la haute mer comme "patrimoine commun de l'humanité", déléguant leur gestion à l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui réglemente l'exploitation minière, la recherche scientifique et le partage des bénéfices économiques tirés de ces activités. Rien de tel n'existe pour la colonne d'eau : la CNUDM a ainsi consacré le principe de liberté de navigation, de pêche, de recherche, de pose de câbles et pipelines, de construction d'îles artificielles. (...)
L'épuisement des stocks halieutiques dans les ZEE a entraîné une augmentation de la pêche en haute mer, passée de 450 000 tonnes en 1950 à 6 millions en 2014. Cette activité, réalisée pour un tiers par la Chine, ne subsiste toutefois que grâce aux aides d’État, sans lesquelles la moitié de la pêche au large serait non rentable.
De plus, le patrimoine génétique des espèces se développant dans des écosystèmes aux conditions extrêmes de température, de luminosité et de pression suscite la convoitise de l'industrie pharmaceutique. Le géant allemand de la chimie BASF détiendrait ainsi 47 % des brevets associés à des gènes d'organismes marins. (...)
Enfin la haute mer est un lieu de passage obligatoire du transport maritime, relayant près de 90 % du commerce mondial, mais aussi des 430 câbles sous-marins qui, sur près de 800 000 km, constituent l'épine dorsale de nos communications numériques. (...)
Le G77, qui regroupe 134 pays en développement, plaide pour l'application du principe d'héritage commun de l'humanité à la colonne d'eau, identique à celui régissant les sous-sols, une position refusée par certains États côtiers, dont les États-Unis, le Canada et la Russie.
Teva Meyer, "La haute mer et ses enjeux : exploiter tout en préservant", Carto, n° 51, janvier-février 2019.