Article Premier
Le commerce de toutes les nations jouira d'une complète liberté (…) dans tous les territoires constituant le bassin du Congo (…)
Article 6
Toutes les puissances exerçant des droits de souveraineté ou une influence dans lesdits territoires s'engagent à veiller à la conservation des populations indigènes et à l'amélioration de leurs conditions morales et matérielles d'existence, et à concourir à la suppression de l'esclavage et surtout la traite des noirs (…). Les missionnaires chrétiens, les savants, les explorateurs (…) feront l'objet d'une protection spéciale
Article 35
Les puissances signataires du présent Acte reconnaissent l'obligation d'assurer, dans les territoires occupés par elles, sur les côtes du continent africain, l'existence d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis et, le cas échéant la liberté du commerce et du transit dans les conditions où elle serait stipulée
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Des frontières artificielles ?
Le partage de papier sur des cartes geographiques incertaines devint un partage de terrain assorti de traité qu'après la conférence de Berlin. A la différence de ce qui se passait en Europe, on commença en Afrique par définir sur la carte les territoires convoités puis on entreprit sur le terrain de les conquérir. La carte précéda le texte (…).
Le discours de l'artificialité des frontières africaines (…) néglige l'importance des négociations entre puissances pour produire les limites inter-impériales - deux décennies dans le cas de la frontière très sinueuse entre le Niger et le Nigeria (1890-1904). Il sous-estime la prise en compte, par les traceurs puis les administrateurs, des réalités politiques locales et régionales antécédentes sur lesquelles il cherchait à s'appuyer (…).
J'ai évalué que dans un sixième des cas les configurations ethniques locales avaient été prises en compte dans les tracés. Chiffre minimal car il ne retient que les limites pour lesquelles le critère ethnique a été avancé explicitement dans les textes et étudiés par les commissions d'enquête.
Michel Foucher, Frontières d'Afrique. Pour en finir avec un mythe, CNRS éditions, 2021
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La colonisation de l'Afrique est issue d'une dynamique fondée sur le développement des sciences, essentiellement l'exploration, l'anthropologie et la géographie. La Société de géographie voit le jour à Paris en 1821, la Royal Geographic Society est fondée à Londres en 1830 avec une fonction non seulement scientifique mais aussi idéologique affichée : elle affirme le concept de nation et la politique de souveraineté. Dans la seconde moitié du siècle, des explorateurs et aventuriers, David Livingstone (1813-1873), Henry Morton Stanley (1841-1904), pour le monde anglo-saxon, Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) pour la France, ouvrent aux Occidentaux le continent africain. L'exploration est un des principaux vecteurs de la constitution de la souveraineté impériale, telle qu'elle se manifeste au niveau européen à la conférence de Berlin, où Stanley et Noël Ballay, ancien compagnon de Brazza, sont justement présents. Mais à l'époque de la conférence, les explorations étaient déjà entrées dans une phase de concurrence active entre nations européennes.Christine de Gemeaux, 1885, la Conférence de Berlin, 2015.
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Les représentations cartographiques procèdent d’une lecture interprétative du monde. Pour reprendre les propos de Michel Foucher, « c’est une représentation graphique intentionnelle à partir d’informations relatives au monde que l’on connaît au moment où l’on fait la carte - une vision subjective. Avec une sélection car on ne peut jamais tout représenter (Libération - 08.01.2011) ».
Les cartes d’Afrique du XIXème siècle sont conçues comme des instruments d’appropriation des territoires. Les espaces qui n’ont pas encore été officiellement conquis sont laissés en blanc, comme si ces derniers avaient vocation à se « colorer »
Ces cartes témoignent tout naturellement de l’état des connaissances géographiques du moment, mais surtout de la vision des Européens sur le continent africain qui, souvent, anticipent la conquête. De nombreux territoires signalés comme étant des possessions européennes ne sont en réalité pas contrôlés. Les États africains sont parfois représentés, mais de façon très confuse, sans couleur et sans indications précises en légende Les informations ne sont pas les mêmes d’une carte à l’autre, les frontières ne concordent pas. L’exemple de l’Owambo Land (Nord de la Namibie) représenté sur deux cartes datées de 1886 illustre bien ce phénomène. La course aux colonies en Afrique constitue un vrai casse-tête pour les cartographes et les géographes, forcés de mettre à jour leurs réalisations « en un temps record » ! Parfois au crayon !
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