ETUDIER LES DIVISIONS POLITIQUES DU MONDE : LES FRONTIERES
HGGSP
THEME 4
Préambule
Voulant régler, dans un esprit de bonne entente mutuelle, les conditions les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans certaines régions de l'Afrique […] ; désireux, d'autre part, de prévenir les contestations que pourraient soulever à l'avenir les prises de possession nouvelles sur les côtes de l'Afrique, et préoccupés en même temps d'accroître le bien-être moral et matériel des populations indigènes, [les Puissances européennes] ont résolu, de réunir à cette fin une conférence à Berlin…

Article Premier

Le commerce de toutes les nations jouira d'une complète liberté (…) dans tous les territoires constituant le bassin du Congo (…)

Article 6

Toutes les puissances exerçant des droits de souveraineté ou une influence dans lesdits territoires s'engagent à veiller à la conservation des populations indigènes et à l'amélioration de leurs conditions morales et matérielles d'existence, et à concourir à la suppression de l'esclavage et surtout la traite des noirs (…). Les missionnaires chrétiens, les savants, les explorateurs (…) feront l'objet d'une protection spéciale

Article 34
La puissance qui, dorénavant, prendra possession d'un territoire sur les côtes du continent africain situé en dehors de ses possessions actuelles, ou qui, n'en ayant pas eu jusque-là, viendrait à en acquérir,accompagnera l'acte respectif d'une notification adressée aux autres puissances signataires du présent Acte, afin de les mettre à même de faire valoir, s'il y a lieu, leurs réclamations.

Article 35

Les puissances signataires du présent Acte reconnaissent l'obligation d'assurer, dans les territoires occupés par elles, sur les côtes du continent africain, l'existence d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis et, le cas échéant la liberté du commerce et du transit dans les conditions où elle serait stipulée

Extrait de l'Acte final de la conférence de Berlin, 26 février 1885
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Des frontières artificielles ?

Le partage de papier sur des cartes geographiques incertaines devint un partage de terrain assorti de traité qu'après la conférence de Berlin. A la différence de ce qui se passait en Europe, on commença en Afrique par définir sur la carte les territoires convoités puis on entreprit sur le terrain de les conquérir. La carte précéda le texte (…).

Le discours de l'artificialité des frontières africaines (…) néglige l'importance des négociations entre puissances pour produire les limites inter-impériales - deux décennies dans le cas de la frontière très sinueuse entre le Niger et le Nigeria (1890-1904). Il sous-estime la prise en compte, par les traceurs puis les administrateurs, des réalités politiques locales et régionales antécédentes sur lesquelles il cherchait à s'appuyer (…).

J'ai évalué que dans un sixième des cas les configurations ethniques locales avaient été prises en compte dans les tracés. Chiffre minimal car il ne retient que les limites pour lesquelles le critère ethnique a été avancé explicitement dans les textes et étudiés par les commissions d'enquête.

Michel Foucher, Frontières d'Afrique. Pour en finir avec un mythe, CNRS éditions, 2021

[HGGSP 1ere] La conférence de Berlin (1885) et le partage de l’Afrique
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Congrès de Berlin / 1885 / Analyse avec des cartes / Partage de l'Afrique
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Le 21 février 1885, le lecteur curieux des affaires internationales sur plonge dans les pages que le journal Le Figaro consacre aux informations étrangères. Il y est question de la guerre avec la Chine, une guerre entre la République française et la dynastie Qing qui dure depuis 4 ans déjà. Le lecteur apprend que la France n’a rien à redouté des Chinois. Puis, autre nouvelle, il est question de la clôture de la conférence qui se tient à Berlin depuis plusieurs mois : «La Conférence a terminé ses travaux. Quelques délégués ont déjà quitté Berlin. La question du Congo est réglée. La France a-t-elle retiré quelque avantage de ces longs mois de négociations non interrompues ? » La question est d’importance. Il est question de territoires concédés, d’autres récupérés, de compensations, du tracé de nouvelles frontières, mais les préoccupations demeurent européennes : « M. de Bismarck voudrait que la guerre ne puisse jamais être portée sur le grand fleuve africain, quand bien même les puissances qui détiennent ses rives seraient en état d'hostilité ouverte en Europe et dans le monde entier. Cette manifestation de la pensée pacifique de l'homme qui a soutenu les plus grandes guerres des temps présents n'est-elle pas curieuse à enregistrer ? » Les grandes guerres du temps présent sont évoquées, mais du malheur des populations africaines pour les temps futurs, il n’en est pas question…

Extrait des propos d'Isabelle Surun, professeur à l'université de Lille .Le cours de l'Histoire 30/10/2020 France Culture
 
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La colonisation de l'Afrique est issue d'une dynamique fondée sur le développement des sciences, essentiellement l'exploration, l'anthropologie et la géographie. La Société de géographie voit le jour à Paris en 1821, la Royal Geographic Society est fondée à Londres en 1830 avec une fonction non seulement scientifique mais aussi idéologique affichée : elle affirme le concept de nation et la politique de souveraineté. Dans la seconde moitié du siècle, des explorateurs et aventuriers, David Livingstone (1813-1873), Henry Morton Stanley (1841-1904), pour le monde anglo-saxon, Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) pour la France, ouvrent aux Occidentaux le continent africain. L'exploration est un des principaux vecteurs de la constitution de la souveraineté impériale, telle qu'elle se manifeste au niveau européen à la conférence de Berlin, où Stanley et Noël Ballay, ancien compagnon de Brazza, sont justement présents. Mais à l'époque de la conférence, les explorations étaient déjà entrées dans une phase de concurrence active entre nations européennes.
Christine de Gemeaux, 1885, la Conférence de Berlin, 2015.


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DES CARTES pour comprendre les enjeux des tracés des frontières
L'Afrique française , ce qu'elle est , ce qu'elle doit être
Afrique 1 /01 1890
Afrique 1900
Une carte allemande de 1886,signale l’existence de République d’Upingtonia, un État éphémère boer proclamé en 1885 et annexé au SO Allemand deux ans plus tard (Nord de l'actuel Namibie).
une carte portugaise présente une nomenclature et un tracé des frontières très différents.

Les représentations cartographiques procèdent d’une lecture interprétative du monde. Pour reprendre les propos de Michel Foucher, « c’est une représentation graphique intentionnelle à partir d’informations relatives au monde que l’on connaît au moment où l’on fait la carte - une vision subjective. Avec une sélection car on ne peut jamais tout représenter (Libération - 08.01.2011) ».

Les cartes d’Afrique du XIXème siècle sont conçues comme des instruments d’appropriation des territoires. Les espaces qui n’ont pas encore été officiellement conquis sont laissés en blanc, comme si ces derniers avaient vocation à se « colorer »

Ces cartes témoignent tout naturellement de l’état des connaissances géographiques du moment, mais surtout de la vision des Européens sur le continent africain qui, souvent, anticipent la conquête. De nombreux territoires signalés comme étant des possessions européennes ne sont en réalité pas contrôlés. Les États africains sont parfois représentés, mais de façon très confuse, sans couleur et sans indications précises en légende Les informations ne sont pas les mêmes d’une carte à l’autre, les frontières ne concordent pas. L’exemple de l’Owambo Land (Nord de la Namibie) représenté sur deux cartes datées de 1886 illustre bien ce phénomène. La course aux colonies en Afrique constitue un vrai casse-tête pour les cartographes et les géographes, forcés de mettre à jour leurs réalisations « en un temps record » ! Parfois au crayon !

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L'Afrique en 1910
 
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