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Propagande. Estonie : une opération de cyberinfluence russe derrière la “république de Narva” ?

Plusieurs comptes sur les réseaux sociaux ont récemment annoncé la création d’une “république de Narva”, du nom de cette ville estonienne frontalière de la Russie presque entièrement russophone et souvent présentée comme acquise à Moscou. Si les autorités relativisent la portée du mouvement, fortement suspecté de faire partie de la stratégie de guerre hybride russe, des lanceurs d’alerte appellent à la vigilance, notamment en dressant un parallèle avec le Donbass ukrainien.

L’information a été relevée en premier par le groupe Propastop, composé de volontaires qui traquent la désinformation en ligne, indique ERR, le média public estonien : “Au cours du dernier mois, des comptes sur les réseaux sociaux ont fait leur apparition pour promouvoir l’idée de séparer de l’Estonie [la ville de] Narva et le comté d’Ida-Viru [situés dans l’est du pays] et de créer une prétendue ‘République populaire de Narva’”, peut-on lire dans l’article. “Le contenu est partagé via Telegram, V et TikTok”, ajoute ERR.

Sur la chaîne Telegram, qui ne rassemble cependant que 60 à 70 utilisateurs, l’accumulation de mèmes, d’images de chats et de vidéos ne masque pas le message principal : “Narva est présenté comme une entité politique distincte.”

Narva, peuplé d’environ 50 000 habitants, est situé tout à l’est de l’Estonie, et seul un pont de quelques centaines de mètres le sépare de la Russie. L’industrialisation intense de cette région, après la Seconde Guerre mondiale, avait attiré une forte population venue d’Union soviétique. Quand l’Estonie a regagné son indépendance, en 1991, une grande partie de cette population russophone est restée vivre sur place. Beaucoup le considèrent aujourd’hui acquis au Kremlin, ce qui rendrait la région vulnérable et en ferait une cible de choix pour déstabiliser l’Union européenne et l’Otan.

Comme au Donbass ?

Les résidents de Narva, interviewés par le média en ligne Delfi, ont fait part de leur scepticisme vis-à-vis d’une éventuelle séparation du reste de l’Estonie. “Je ne soutiens pas cette idée. Je ne vois pas l’intérêt de se séparer. Ça n’améliorera pas la situation de la ville, ça l’empirera”, a expliqué un habitant de la ville.

À Tallinn, les autorités estoniennes ont relativisé l’importance de ces publications sur les réseaux sociaux, largement dénoncées comme des opérations d’influence russe. “De telles tactiques ont déjà été utilisées, tant en Estonie que dans d’autres pays. C’est un moyen simple et à bas coût de provoquer et d’intimider la population”, a déclaré Marta Tuul, porte-parole du service de sécurité intérieure de l’Estonie. Un discours également repris par le Premier ministre, Kristen Michal.

Il importe néanmoins d’“être conscient” de la menace, a avancé le ministre des Affaires étrangères estonien, Margus Tsahkna, cité par ERR. Les volontaires de Propastop, de leur côté, sont d’ailleurs plus méfiants. Dans un message publié sur X, ils ont signalé que la “république de Narva” n’avait rien d’une “blague provocatrice”, et lancé un avertissement : “Ce discours reprend les codes de la propagande vis-à-vis du Donbass [dans l’est de l’Ukraine, peuplé lui aussi de nombreux russophones] de 2014 : attiser les tensions ethniques pour banaliser le séparatisme.”

Marielle Vitureau, Courrier international, 19 mars 2026