Instrumentaliser l'histoire pour justfier la guerre
Le président russe (Vladimir Poutine) a démontré à maintes reprises son obsession pour l’histoire ou, plus exactement, pour sa distorsion. Son discours interminable du 21 février 2022, qui annonçait en fait, nous en sommes témoins, le passage d’une instrumentalisation à outrance des faits historiques à leur militarisation, n’en est qu’un des nombreux exemples. [...]
Depuis le début de sa prise de pouvoir en 2000, Poutine a mis tout en œuvre pour construire une lecture de l’histoire russe qui s’articule autour d’une vision continuiste, ancrée dans la longue durée, insistant sur la grandeur de la Russie et de ses événements glorieux et héroïques, en particulier ses victoires militaires. Bien entendu, faire tenir toute l’histoire russe dans ce cadre donne lieu aussi bien à des omissions évidentes, qu’à des réapparitions surprenantes. Si l’exercice est parfois acrobatique, le tout tient debout à force d’une machine de propagande bien huilée. Dans cette logique, et alors que l’histoire russe est désormais évoquée comme un continuum de grandeur, l’Union soviétique est perçue sous le prisme de la puissance économique et militaire, celle d’un stalinisme conquérant, victorieux et libéra?teur. Cette vision est articulée autour d’un événement central de l’identité russe : la Victoire de la « Grande Guerre Patriotique » (1941-1945) dont la mémoire est devenue presque sacrée.
Julie Deschepper, « Le retour de Lénine ou la militarisation de l’histoire », AOC (Analyse Opinion Critique), 9 mai 2022.