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Comment lutter contre le terrorisme ?

Ce qui est inquiétant, c'est la difficulté de combattre des organisations transnationales et délocalisées dont les membres acceptent le suicide, voire y aspirent avec ferveur. La notion de dissuasion repose sur l'idée d'adversaires rationnels qui craignent les représailles. Comment dissuader un adversaire pour qui les représailles, qu'il s'agisse de mort ou de souffrance, conduisent tout droit au paradis ? A cet obstacle psychologique, se joint dans le cadre d'une organisation décentralisée comme Al-Qaïda, un obstacle physique. Sur qui faire porter ces représailles ? Normalement, il s'agit de territoires, d'un Etat, de son organisation militaire, de ses bases (…). Mais quand l'adversaire n'a pas de territoire ni de population sous son contrôle et que son organisation et que ses bases sont hautement mobiles et décentralisées ? On est alors obligé de se rabattre sur les Etats suspectés de l'aider ou de lui donner asile.

P. Hassner, Bulletin de la Société française de philosophie, 19 janvier 2002

Le suprémacisme blanc aux sources d’une nouvelle forme de terrorisme

Avant de commettre l’attentat contre la mosquée de Christchurch, le 15 mars 2019, Brenton Tarrant publie un manifeste, dont le titre fait référence au livre de l’essayiste français d’extrême droite Renaud Camus, Le Grand Remplacement.
Des flux de millions de personnes traversent nos frontières, invitées par l’État et les grandes sociétés pour remplacer les Blancs qui n’ont pas su se reproduire [...]. Cette crise de l’immigration de masse [...] est une attaque contre le peuple européen qui, si elle n’est pas combattue, s’achèvera par un remplacement racial et culturel complet du peuple européen. [...] Les enfants des envahisseurs ne restent pas des enfants, ils deviennent des adultes et se reproduisent, créant plus d’envahisseurs pour remplacer votre peuple. [...] Tout envahisseur que vous tuez, quel que soit son âge, est un ennemi de moins auquel vos enfants devront faire face. Préférez‑vous tuer, ou laisser cela à vos enfants ? À vos petits‑enfants ?

Brenton Tarrant, The Great Replacement, 2019.

Un terrorisme international

Si l'on analyse la mouvance jihadiste sur le temps long, on ne peut être que frappé par la diversité de ses modes opératoires et sa capacité à innover pour prendre ses adversaires par surprise. La mouvance jihadiste a opéré comme un groupe terroriste, comme un mouvement de guérilla (1) ou encore comme un proto-Etat (2) (…).

Le djihadisme a banalisé l'usage de l'attentat-suicide, s'est intéressé aux armes de destruction massive, à innover dans l'utilisation d'Internet, tant à des fins de propagande que de communication opérationnelles (…).

Le caractère global de la mouvance jihadiste a aussi pleinement profité de la mondialisation et de la démocratisation des technologies de l'information (…).

Les méthodes émergentes employées sur les théâtres tels que le Levant (3) ou l'Afghanistan doivent être observées avec attention car elles pourraient bien annoncer les modes d'action qui marqueront d'autres espaces comme l'Afrique (…).

Mark Hecker, Elie Tenebaum, « quel avenir pour le djihadisme ? Al-Qaïda et Daesh après le califat », Focus stratégique, n°87, Institut français des relations internationales, janvier 2019

(1) Guerre menée par des partisans et fondée sur le harcèlement de l'adversaire (embuscades, sabotages)

(2) Structure primitive d'un futur Etat, Etat en cours de formation

(3) Surnom des régions bordant la côte méditerranéenne de l'Asie (Moyen-Orient, Proche Orient)