Document 4 : Les ZFE : Zone à faibles émissions ou à forte exclusion ?
Déjà en vigueur dans 320 métropoles européennes, les zones à faibles émissions, qui excluent les véhicules les plus anciens des centres-villes, s’avèrent plutôt efficaces pour lutter contre la pollution de l’air. Mais plusieurs associations de solidarité et des chercheurs alertent : leur déploiement en France risque d’aggraver les difficultés des ménages modestes, plus souvent détenteurs de vieilles voitures. […]
Pour ces groupes vulnérables changer de voiture relève de l’impossible, même avec l’aide de subventions. Être privé de rouler dans les centres urbains signifierait aussi sombrer un peu
plus dans la précarité et l’isolement, les déplacements relevant principalement de la subsistance, de l’indispensable. […]
Pour s’opposer à leur mise en œuvre, des manifestations ont été organisées en France ces deux dernières années. Lors de ces rassemblements, automobilistes en colère, Gilets jaunes, mais aussi activistes du climat et militants de gauche ont dénoncé la création de ces « zones à forte exclusion ». […]
Toutefois, tous n’affichent pas une franche opposition aux ZFE, reprend Daphné Chamard Teirlinck (spécialiste de la mobilité au Secours catholique). « La question est plus pragmatique :
Si je ne peux pas utiliser ma voiture, qu’est-ce que j’ai comme alternative ? », développe-t-elle. Là, sans direction nationale claire, les métropoles font en fonction de leur territoire après avoir sondé les attentes de la population. […]
En tout cas, observe Caroline Gallez [chercheuse au Laboratoire ville, mobilité, transport], la charge pèse une nouvelle fois sur les classes les plus précaires, qui sont pourtant les moins émettrices de particules fines et de CO2. « Il est plus qu’urgent de réduire les émissions de particules d’ozone, c’est incontestable. Mais en interdisant les véhicules les plus anciens et en continuant d’autoriser les SUV, on ne vise pas les classes qui y contribuent le plus. Il y a un risque
énorme de continuer à invisibiliser la contribution des plus aisés au bilan carbone et à la pollution de l’air, et de nourrir le sentiment d’injustice déjà exprimé par les Gilets jaunes », critique-t-elle.
Source : D’après Nina Guérineau de Lamérie, 27 février 2024,
« L'écologie, un truc de bourgeois ? » publié dans Socialter, n°62