Caricature de Craig Stephens, 2018.
Le recul de la banquise et les progrès technologiques permettent d'envisager à moyen ou long terme une utilisation accrue des voies maritimes arctiques pour le commerce mondial. La route du Nord-Ouest, encore peu utilisée, permettrait de raccourcir de 40 % la distance entre l'Europe et l'Asie orientale. La route du Nord-Est est déjà plus empruntée : la Russie la considère comme un axe stratégique pour l'exploitation de ses ressources arctiques ; elle cherche à la développer malgré les difficultés financières, techniques mais aussi les risques accidentels.
L’Arctique a toujours été un territoire reculé, plus proche du mythe que de la réalité. Un désert blanc protégé par des glaces anciennes, inaccessible au commerce mondial et trop inhospitalier pour l’ambition humaine. Mais le XXIe siècle a commencé à redéfinir cette géographie. La fonte progresse à un rythme qui n’est plus sujet à débat, mais à calcul. La couverture de glace de mer arctique diminue de 13 % par décennie, selon les données du National Snow and Ice Data Center. En été, l’étendue minimale a diminué de 50 % depuis la fin des années 1970, et l’océan, autrefois étanche neuf mois par an, commence à laisser apparaître des passages navigables pendant des périodes de plus en plus longues.
Ce changement climatique a ouvert l’une des routes les plus stratégiques du siècle : la route maritime du Nord. Ce corridor, qui longe la côte russe de la mer de Barents au détroit de Béring, réduit les temps de transport entre l’Asie et l’Europe jusqu’à 40 % par rapport au canal de Suez. Un trajet de Shanghai à Rotterdam, qui prend environ 35 jours par le canal de Suez, pourrait être réduit à moins de 22. La différence ne se limite pas au temps : elle concerne le carburant, les coûts et la possibilité de transporter des marchandises plus rapidement et en étant moins exposé aux goulets d’étranglement comme ceux du canal de Suez ou du canal de Panama, où un seul incident peut paralyser le commerce mondial.
Le potentiel de cette route est énorme. Des études du Conseil économique de l’Arctique prévoient que d’ici 2040, le commerce annuel transitant par l’Arctique pourrait atteindre 700 milliards de dollars. Il ne s’agit pas seulement de conteneurs de produits électroniques ou de textiles, mais aussi de minéraux stratégiques, d’hydrocarbures, de céréales et, prochainement, d’hydrogène vert et d’ammoniac pour la transition énergétique mondiale. L’Arctique est à la fois un corridor de transit et un réservoir de ressources.
On estime que 13 % du pétrole non découvert de la planète et 30 % de son gaz naturel se trouvent concentrés sous sa surface. L’Arctique recèle également d’importants gisements de nickel, de cobalt, de terres rares et d’autres minéraux essentiels aux batteries, aux turbines et aux technologies propres. Dans un contexte de conflits de souveraineté énergétique et technologique, ces ressources font de l’Arctique un centre de pouvoir qu’aucun acteur mondial ne souhaite exclure de sa carte.