La concurrence mondiale de l'intelligence artificielle
La Chine et les États-Unis, forts de leurs plateformes géantes, font la course en tête tandis que l'Europe essaie de retrouver une place de premier rang parmi d'autres acteurs comme la Russie ou la Corée. Les géants du net, les GAFAM aux États-Unis et les BATX en Chine, ont en effet une place prépondérante dans le paysage et disposent aujourd'hui d'une puissance et de capacités d'investissement jamais atteintes par des entités privées (...). L'IA requiert des données certes, mais aussi de la technologie, et des chercheurs pour la créer, des ingénieurs pour la faire fonctionner (...). Tous les pays souhaitent attirer et former des talents, des grandes universités américaines en tête des classements internationaux à la toute nouvelle première université du monde dédiée à l'intelligence artificielle, la Mohamed bin Zayed University of Artificial Intelligence d'Abu Dhabi, dont la création a été annoncée en 2019. Les GAFAM ne sont pas en reste et, si les salaires qu'ils proposent leur permettent d'attirer de nombreux excellents candidats, la petite taille du vivier et son manque de diversité les ont également fait se tourner vers des pays comme le Ghana, le Rwanda ou encore le Sénégal pour former et recruter de nouveaux talents.
Jamal Atif, Peter Burgess et Isabelle Ryl, Géopolitique de l'IA, Paris, Le cavalier bleu, 2022
Le concept de communauté scientifique
Tentons d'abord d'approcher le concept de communauté scientifique : en première approximation, il s'agit de l'ensemble des chercheurs parfois étendu aux personnels qui concourent à la recherche. Une telle communauté n'est pas organisée, au sens où elle n'agit pas de façon coordonnée, n'a pas de représentant légal ni de stratégie. De plus, ses contours sont très flous. En réalité, ce concept a été créé par les sociologues, au moment où ils se sont aperçus que la production scientifique n'était pas seulement le résultat de la seule « logique de la découverte scientifique », mais qu'elle était largement tributaire du fonctionnement de cet ensemble social et culturel qu'ils ont baptisé « communauté scientifique » (...). Étudier une communauté scientifique revient donc à examiner l'environnement socioculturel de la production scientifique, en partant de l'hypothèse selon laquelle cet environnement et la production scientifique elle-même interagissent (...). Cette communauté scientifique peut être divisée à l'infini : on parle aussi bien de la communauté scientifique internationale que de la communauté des sciences de l'information en France.
Dominique Bessire, Yves Levant, Marc Nikitin, « L'émergence de la structuration d'une communauté scientifique : le cas de l'AFC depuis 30 ans », La place de la dimension européenne de la Comptabilité Contrôle Audit, mai 2009